Casablanca, une ville suspendue au souffle des Lions

Dpress
À quelques heures déjà du coup d’envoi du match opposant la sélection marocaine de football à celle d’Haïti pour la troisième et dernière journée de la phase de groupes de la Coupe du Monde 2026, Casablanca vivait, mercredi soir, au rythme des Lions de l’Atlas, dans une atmosphère mêlant ferveur populaire, confiance assumée et ambition grandissante.
Dans les artères de la métropole, l’effervescence était palpable. Des cafés de Maârif aux snacks populaires de Derb Sultan, en passant par les terrasses d’Aïn Diab, un même sujet monopolise les conversations : le match de ce soir, programmé à 23h, et la bataille à distance avec le Brésil pour la première place du groupe.
Les drapeaux rouges frappés de l’étoile verte flottent toujours aux fenêtres, sur les capots des voitures et autour des épaules de nombreux passants. Les maillots des Lions de l’Atlas, devenus un véritable uniforme national les soirs de match, dominent le paysage urbain.
Cette fois, néanmoins, l’ambiance diffère légèrement des précédents rendez-vous. La tension brute des premiers matchs a laissé place à une confiance plus sereine. Après le nul convaincant face au Brésil puis la précieuse victoire contre l’Écosse, le Maroc avait pratiquement composté son billet pour le prochain tour. L’enjeu n’est plus seulement de survivre dans ce groupe relevé, mais de terminer en tête, avec tout ce que cela implique pour la suite du parcours.
Cette confiance grandissante s’appuie aussi sur un constat largement partagé par les supporters : l’émergence d’une génération façonnée par des structures de formation modernes, au premier rang desquelles l’Académie Mohammed VI de Football. Pour beaucoup de Casablancais, le parcours des Lions au Mondial n’est pas le fruit du hasard, mais l’aboutissement d’un travail de fond engagé depuis plusieurs années en matière de formation, de détection et d’accompagnement des jeunes talents. Dans les cafés comme sur les plateaux télévisés, nombreux sont ceux qui voient dans cette académie un symbole de la montée en puissance du football national et l’une des clés de la compétitivité actuelle du Maroc sur la scène mondiale.
Dans les bureaux de Casablanca Finance City ou de la Marina, l’ambiance est particulière. Beaucoup tentaient de boucler réunions et dossiers plus tôt que prévu pour rentrer à temps. D’autres assument déjà: la productivité du jour peut être rattrapée plus tard.
À mesure que le match approche, la ville change de tempo. Les embouteillages s’intensifient, les livraisons s’accélèrent, les commandes de pizzas et de sandwiches explosent. Puis, progressivement, Casablanca s’apprête à vivre ce rituel désormais familier : une ville immense qui suspend presque simultanément son agitation pour se rassembler autour de 90 minutes de football.
Car au-delà du sport, les matchs des Lions offrent un moment d’unité pure. Pendant un soir, différences sociales, professionnelles ou générationnelles s’estompent. Il ne reste qu’une clameur, un espoir partagé et onze joueurs chargés de porter les rêves de tout un peuple.
Face à Haïti, les supporters marocains refusent toutefois tout excès de confiance. Si le Maroc part favori sur le papier, beaucoup rappellent qu’en Coupe du Monde, aucun match ne se gagne d’avance. La concentration, insistent-ils, doit rester totale.
En effet, le scénario du match s’est avéré bien plus éprouvant que ne l’espéraient les supporters. Menés à deux reprises au score en première mi-temps par une équipe haïtienne combative et décomplexée, les Lions de l’Atlas ont longtemps fait vaciller les certitudes d’un public casablancais partagé entre stupeur et inquiétude. Dans les cafés, sur les terrasses et au Parc de la Ligue Arabe, les chants ont progressivement laissé place à un silence tendu, ponctué de soupirs, de gestes d’agacement et de regards figés vers les écrans.
La délivrance est finalement venue en seconde période, lorsque les hommes de Mohamed Ouahbi ont renversé la rencontre avec caractère et maîtrise pour s’imposer 4 buts à 2. Au coup de sifflet final, la tension accumulée a brutalement cédé la place à une immense explosion de joie. Klaxons, youyous, fumigènes rouge et vert et chants patriotiques ont aussitôt envahi les artères de Casablanca, célébrant une victoire aussi précieuse que spectaculaire.



