Art et Culture

L’ancrage local n’entrave en rien l’universalité du discours cinématographique

Dpress

L’ancrage local ne constitue aucunement un obstacle à l’accès à un public au-delà des frontières ni à l’affirmation de “l’universalité de notre discours cinématographique”, a estimé le réalisateur égyptien Mohamed Rashad, auteur du film “The Settlement”.

“Le monde aspire à nous découvrir à travers notre propre manière et notre propre langage, et non par la reproduction de sa propre approche”, a-t-il indiqué dans un entretien accordé à la MAP.

C’est avec cette conviction que le cinéaste égyptien mène son expérience cinématographique, en puisant dans les quartiers populaires, les couches marginalisées et les récits oubliés. Pour lui, le cinéma ne peut acquérir sa sincérité qu’en émanant de son environnement propre et des détails de la vie de ceux dont il raconte les histoires.

Le réalisateur égyptien, dont le film “The Settlement” prend part à la compétition des longs métrages da la 26è édition Festival international du cinéma africain de Khouribga (FICAK), considère que le cinéma égyptien traverse aujourd’hui une phase marquée par la pluralité des voix et des visions, après des années de domination de certains schémas de production.

Aux côtés du cinéma commercial, ont émergé de nouvelles expériences portées par des réalisateurs travaillant chacun selon leur propre langage, entre réalisme, drame, comédie et thriller, ce qu’il considère comme un indicateur de la vitalité de la scène cinématographique égyptienne et de sa capacité de renouvellement.

Selon lui, la société égyptienne, telle qu’il la décrit, est vaste et diverse au point qu’aucune œuvre cinématographique ne peut en représenter que partiellement un segment ou une composante.

L’essentiel, à ses yeux, n’est pas de prétendre représenter la société dans sa totalité, mais de proposer une image sincère de l’univers abordé par le film.

Cette vision se reflète clairement dans “The Settlement”, son premier long métrage de fiction. L’œuvre relate l’histoire de deux frères vivant dans un quartier ouvrier d’Alexandrie. Après la mort soudaine de leur père dans un accident de travail, l’usine locale leur propose un emploi en compensation de cette perte, à condition qu’ils renoncent à toute poursuite judiciaire.

Les deux frères rejoignent alors l’usine et tentent de s’adapter aux conditions de travail, tandis que des doutes commencent progressivement à s’installer quant aux circonstances du décès de leur père.

Ainsi, Mohamed Rashad ne s’arrête pas à ce seul événement, mais en fait une entrée pour lire tout un univers se développant à la marge de la ville, tout en exposant au regard du spectateur un réseau complexe de relations humaines où se mêlent travail et nécessité, deuil, perte et soumission.

Le film capte ainsi les détails de la vie d’une catégorie qui n’occupe pas toujours le devant de la scène, posant des questions silencieuses sur l’enfance, la justice et le lourd héritage laissé par la disparition du père au sein des familles pauvres. Il puise, dans le même temps, dans des expériences vécues personnellement par le réalisateur et dans d’autres tirées de la réalité qui l’entoure.

Le réalisateur s’est également inspiré, en partie, de l’histoire vraie d’un homme ayant perdu son père dans un accident de travail, avant que l’entreprise ne lui propose d’occuper son poste en échange de l’abandon de toute poursuite judiciaire.

Pour lui, le cinéma est indissociable de la vie, dans la mesure où il procède à la fois de l’expérience vécue par l’individu et de ce qu’il observe chez les autres. C’est pourquoi il reconnaît que ses films se situent à la jonction entre expérience personnelle et réalité sociale.

Évoquant le cinéma africain, le réalisateur égyptien exprime une appréciation manifeste pour les œuvres qu’il a pu voir en provenance du continent, malgré la faiblesse des opportunités d’y accéder en Égypte en raison des limites des circuits de distribution, estimant, à cet égard, que le principal défi du cinéma africain réside dans sa capacité à faire parvenir les films à leur propre public à l’intérieur même du continent.

Partant de ce constat, il appelle à renforcer la circulation des films africains entre les pays du continent, afin de permettre aux peuples africains de découvrir leurs récits respectifs et de ne pas laisser ces œuvres prisonnières de circuits de diffusion restreints dans leur propre espace culturel.

Mohamed Rashad ne dissocie pas, par ailleurs, la dimension artistique de la dimension sociale dans le cinéma. Le film est, selon lui, à la fois un moyen d’expression artistique et un outil susceptible de produire un impact au sein de la société, soutenant que lorsque le spectateur s’identifie à une crise vécue par un personnage ou se projette à sa place, il commence à interroger ses propres idées et positions, et c’est précisément à ce moment que le changement s’amorce.

Il ne considère pas, pour autant, que le rôle du cinéaste consiste à proposer des solutions ou des réponses toutes faites. La valeur d’un film réside, à ses yeux, dans sa capacité à poser des questions.

C’est cette interrogation qui pousse, selon lui, le spectateur à réfléchir à sa propre réalité et aux choix qu’il aurait faits s’il s’était trouvé dans la situation du protagoniste.

Tout en évoquant les grandes figures du cinéma ayant marqué son parcours, de Youssef Chahine, Tewfik Saleh, Salah Abou Seif, Mohamed Khan et Atef El-Tayeb à Mike Leigh, Vittorio De Sica et Nuri Bilge Ceylan, Mohamed Rashad, qui qualifie son style de réalisation de “réaliste”, a expliqué que son principal souci demeure la recherche d’histoires appartenant aux gens qu’il connaît, aux lieux où il a vécu et aux questions que la réalité ne cesse de poser.

Diplômé de l’École de cinéma du Centre culturel jésuite d’Alexandrie en 2003, Mohamed Rashad a réalisé les deux courts métrages de fiction “From Afar” et “Maxim”, ainsi que le long métrage documentaire “Little Eagles” en 2016, projeté pour la première fois au Festival international du film de Dubaï (DIFF) et ayant remporté plusieurs distinctions. Il a également produit les deux documentaires “The Profession” et “Behind a Transparent Cement Barrier”.

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