Art et Culture

Festival de Dakhla : De nouvelles formes de censure interrogent la liberté de création cinématographique

Dpress

Les nouvelles formes de censure qui restreignent la liberté de création cinématographique à travers le monde ont été mises en exergue, samedi, lors d’une conférence initiée dans le cadre de la 14e édition du Festival international du film de Dakhla.

De la censure financière, qui accompagne les cinéastes dans leur quête de financements dédiés à la production et la distribution, aux visages modernes de la censure dictés par les algorithmes et les outils de l’intelligence artificielle (IA), critiques et professionnels du cinéma ont dépeint le portrait d’un environnement contraignant, qui met à l’épreuve la capacité de l’artiste à préserver son intégrité et son courage, sans céder à des concessions susceptibles d’affaiblir la valeur artistique du projet cinématographique.

Le critique et cinéaste Fouad Souiba, qui a modéré cette rencontre, a affirmé d’emblée « qu’il n’y a point de création véritable et authentique sans liberté », relevant toutefois, que les cinéastes ne sont pas dispensés de leur responsabilité dans la lutte contre certaines illusions nées d’une autocensure qui amplifie les tabous, même sous un système juridique et institutionnel qui encourage la libre pratique artistique.

De son côté, Mohammed Belghouat, expert en régulation des médias et du cinéma, a exposé le cadre normatif constitutionnel qui régit la liberté de création au Maroc, en s’arrêtant particulièrement sur le rôle de la loi n° 23-18 dans la réglementation de la pratique au niveau de la production, de l’exploitation et de la distribution des œuvres cinématographiques.

M. Belghouat a également tiré la sonnette d’alarme quant aux effets néfastes d’une certaine autocensure qui accompagne la représentation, chez des cinéastes, du modèle économique de l’industrie du film sous toutes ses dimensions.

Pour sa part, le critique Said El Mazouari a proposé un voyage rétrospectif remontant aux origines du septième art à travers le monde, montrant comment la confrontation avec la censure a constitué un tournant décisif dans l’évolution de l’art cinématographique dans son rapport avec le pouvoir et la société.

« Du film ‘Le Baiser’ de l’Américain William Heise (1896), au chef-d’œuvre ‘Le Dictateur’ de Charlie Chaplin, jusqu’à ‘La Religieuse’ de Jacques Rivette, la censure est demeurée un mur obstiné face aux arts de la création en Orient comme en Occident, renaissant même ces dernières années sous des formes inédites et plus redoutables au cœur des plus anciennes démocraties », a-t-il estimé.

Le réalisateur Hicham Lasri a, quant à lui, révélé qu’il n’évoque guère l’idée de défier des tabous lors de l’écriture d’un scénario ou de la réalisation d’un film. Pour lui, l’œuvre artistique est la réponse à un désir pur de partager une histoire, et non de susciter une polémique délibérée.

« Entrer dans une relation conflictuelle avec le public fait perdre au cinéma son essence », a-t-il dit, affirmant qu’il s’efforce de préserver le désir de proposer des récits empreints d’authenticité et de sincérité, loin de tout héroïsme factice par la provocation.

Les diverses interventions de chercheurs et d’artistes marocains et étrangers ont conclu que la censure a pris d’autres significations et des dimensions inédites avec l’introduction des algorithmes dans l’équation. De leur avis, la possibilité de censurer, de cibler et de faire pression est désormais accessible de manière invisible derrière les écrans et via les plateformes de communication.

Organisée par l’Association d’animation culturelle et artistique des provinces du Sud avec le soutien de plusieurs partenaires, cette édition, qui se poursuit jusqu’au 12 juin, propose un programme varié mêlant projections, conférences, ateliers et hommages, en présence de personnalités du cinéma et du petit écran, marocains et étrangers.

Selon les organisateurs, 19 films représentant 21 pays d’Afrique et du Moyen-Orient sont en compétition dans les catégories des longs métrages et des documentaires. Porteuses de récits à forte dimension humaine et de regards cinématographiques singuliers, ces œuvres illustrent la diversité du cinéma contemporain et la richesse de ses expressions esthétiques et narratives.

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