Art et Culture

Festival de la culture soufie: la Tariqa Charqawiya célèbre à Fès la ferveur du samaa

Dpress

Les chants de louange, les invocations et les poèmes mystiques de la Tariqa Charqawiya ont enveloppé, mardi soir, le public de Bab Al Makina d’une atmosphère de ferveur et de recueillement, lors d’une soirée de samaa consacrée à la célébration d’un héritage spirituel séculaire.

Organisée dans le cadre de la 18e édition du Festival de Fès de la culture soufie et des sagesses du monde, cette prestation de la troupe officielle de la Zaouïa Charqawiya, originaire de Bejaad, a offert une immersion dans un patrimoine où le chant se fait prière et la poésie un langage privilégié de l’amour divin, témoignant de la vitalité d’une tradition profondément enracinée dans l’histoire spirituelle du Maroc.

A travers un répertoire puisant dans le madih (louanges du Prophète) et le samaa, les artistes ont fait revivre des compositions emblématiques de Bejaad et de la région du Tadla, mettant en lumière la richesse d’une expression musicale et poétique transmise de génération en génération.

« Ce Festival nous offre une belle occasion de faire connaître le patrimoine authentique de Bejaad et de la région de Charqawa », a déclaré à la MAP Ayoub Niygui, chanteur de la troupe officielle de la zaouïa, dédiée au madih, au samaa et à la revivification du patrimoine.

Évoquant la portée spirituelle de ce répertoire, il a souligné que les chants interprétés sont autant de prières empreintes d’amour pour le Prophète Sidna Mohammed, auxquelles s’ajoutent des poèmes de Bejaad et de la zaouia Charqawiya, dont le rayonnement dépasse les frontières du Royaume.

Pour l’artiste, cette participation constitue une occasion privilégiée de contribuer à la diffusion de la culture soufie et de faire découvrir au public la singularité d’un patrimoine qui conjugue ferveur religieuse, expression poétique et identité locale.

Fondée dans la seconde moitié du 16è siècle par Cheikh Sidi Bouabid Charqi, parallèlement à l’émergence de la ville de Bejaad, la Zaouïa Charqawiya s’est imposée au fil des siècles comme un foyer majeur de spiritualité et de savoir, rayonnant dans la région du Tadla et au-delà. Son histoire est notamment marquée par des figures telles que Cheikh Salah et son fils Cheikh El Maati, auteur de la Dakhira, une œuvre monumentale en 66 volumes consacrée aux louanges du Prophète.

Cet héritage continue de se transmettre à travers les nouvelles générations, qui contribuent à préserver et à renouveler les expressions artistiques propres à cette tradition.

« Les jeunes générations de la ville d’Oued Zem, notamment, manifestent un intérêt croissant pour le madih et le samaa », a relevé Mustafa Dniguir El Bejaddi, membre de la Zaouïa Charqawiya, soulignant l’importance de cet engagement dans la préservation du patrimoine local.

L’artiste a également mis en avant les particularités musicales de la ville, estimant que cette participation à Fès représente une occasion de faire découvrir le cachet de Bejaad et les spécificités d’un héritage artistique façonné par l’histoire et la mémoire de la région.

Au-delà de sa dimension artistique, cette soirée a illustré le rôle du samaa comme vecteur de transmission spirituelle et de préservation du patrimoine immatériel. A travers la poésie, le chant et l’invocation, la tradition charqawie perpétue une conception de l’expression musicale où la quête intérieure et le rappel de Dieu occupent une place centrale.

Ouverte samedi soir, la 18e édition du Festival de Fès de la culture soufie et des sagesses du monde se poursuit jusqu’au 24 octobre sous le thème « La poésie mystique, élixir de guérison ».

Placée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, cette édition met en lumière le pouvoir de la poésie mystique, de la musique et de la beauté comme voies d’apaisement intérieur et de rapprochement entre les cultures.

La programmation accorde une place particulière aux traditions soufies marocaines, avec des soirées de samaa consacrées notamment aux tariqas Qadiriyya Boutchichiya, Ouazzaniya, Rissouniya et Sqalliya, tout en s’ouvrant à d’autres expressions spirituelles internationales. Cette diversité contribue à faire de Fès un espace de rencontre entre les héritages mystiques du Maroc et les sagesses du monde.

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