Art et Culture

Fès : Bab El Makina aux accents du qawwali pakistanais

Dpress

Les voix puissantes et les rythmes envoûtants du qawwali pakistanais ont résonné, dimanche soir, sur le site historique de Bab El Makina, lors d’un concert animé par l’ensemble Mushtaq, dans le cadre de la 18e édition du Festival de Fès de la culture soufie et des sagesses du monde.

Placée sous le signe de la spiritualité et de la poésie mystique, cette soirée a invité le public à une immersion dans l’univers du chant soufi du sous-continent indien, où la musique se fait langage de l’amour divin et vecteur d’élévation intérieure.

Le concert a notamment rendu hommage au poète et philosophe pakistanais Mohammed Iqbal, dont les textes portent une réflexion sur la condition humaine, le renouveau de la pensée musulmane et la quête spirituelle.

« Le message du qawwali est de présenter le côté spirituel et mystique de l’Islam, qui en constitue le cœur même », a expliqué à la MAP Shuaïb Aftab Ahmad Mushtaq, directeur artistique de l’ensemble, soulignant la vocation de cette expression musicale à rapprocher l’être humain de Dieu.

Issu du sous-continent indien, le qawwali puise dans un répertoire poétique plurilingue, nourri notamment par l’arabe, le pendjabi, l’ourdou et le sindhi. Le terme trouve son origine dans le mot arabe « qawl », qui signifie « parole », a-t-il précisé, rappelant que cette tradition fait de la poésie chantée un support de méditation et de transmission des enseignements spirituels.

L’artiste a également souligné l’ouverture de ce répertoire à différentes traditions, citant l’interprétation, en fin de concert, du poème « Al-Burda », composé par l’imam Al-Boussaïri. Originaire du monde arabe, cette œuvre témoigne, selon lui, de la capacité du qawwali à accueillir des textes issus de différents horizons culturels et spirituels.

L’hommage à Mohammed Iqbal a constitué l’un des temps forts de la soirée. Pour Hubaïb Mushtaq, chargé du volet littéraire au sein de l’ensemble, le choix de ce poète et philosophe s’inscrit dans une volonté de faire vivre une pensée qui appelle à l’éveil de la conscience et au renouvellement de la réflexion.

« Nous choisissons beaucoup de poèmes d’Iqbal, qui fait partie de notre quotidien, aussi bien dans l’enseignement religieux que philosophique », a-t-il confié, mettant en avant la quête d’un islam éclairé, vécu à la fois dans l’intériorité et dans les actes.

Au-delà de la dimension musicale, le concert a aussi illustré une histoire de transmission familiale. L’ensemble Mushtaq réunit quatre frères ainsi que leurs enfants et neveux, dans la continuité d’un héritage légué par leur père, Mushtaq Ahmad Awân Hazârvi.

« C’est lui qui nous a transmis l’amour de la littérature, du tasawwuf et de la musique », a expliqué Hubaïb Mushtaq, évoquant le rôle de son père dans l’apprentissage des poèmes et la compréhension de leurs significations. La construction musicale repose notamment sur un dialogue entre le travail littéraire et le choix du ‘maqam’, mode musical permettant de traduire les nuances et l’intention du texte poétique.

Représentant de la septième génération de la tradition vocale du Gwalior Gharana et de la cinquième génération du Talwandi Gharana, le groupe perpétue ainsi un patrimoine séculaire, à la croisée du chant soufi, du qawwali et du khayal, forme classique de la musique savante du sous-continent indien.

Ouverte samedi soir à Bab El Makina avec le spectacle « Chemins de l’amour spirituel », la 18e édition du Festival de Fès de la culture soufie et des sagesses du monde se poursuit jusqu’au 24 octobre sous le thème « La poésie mystique, élixir de guérison ».

Placée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, cette édition ambitionne de faire de Fès un espace de rencontre entre les héritages spirituels marocains et les sagesses du monde, en explorant le rôle de la poésie, de la musique et de la beauté dans l’apaisement des blessures et le rapprochement des cultures.

La programmation accorde une place importante aux traditions soufies marocaines, à travers plusieurs soirées de samaa consacrées notamment aux tariqas Qadiriyya Boutchichiya, Charqawiya, Ouazzaniya, Rissouniya et Sqalliya, tout en s’ouvrant à d’autres expressions spirituelles venues de différentes régions du monde.

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