Rabat: L’intelligence artificielle peut contribuer à une justice plus rapide, plus accessible et plus prévisible

Dpress
L’intelligence artificielle (IA), devenue incontournable dans tous les domaines de la société, est un outil capable de contribuer à une justice plus rapide, plus accessible et plus prévisible, a indiqué, mercredi à Rabat, le Premier président de la Cour de Cassation, président délégué du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), Mohamed Abdennabaoui.
S’exprimant à l’ouverture d’un colloque international de haut niveau sur l’IA, M. Abdennabaoui a relevé que cette nouvelle technologie ouvre des perspectives réelles, en permettant notamment d’analyser plus rapidement les dossiers, de faciliter la recherche juridique, de rapprocher les textes et la jurisprudence, d’améliorer l’accès à l’information et d’identifier des solutions rendues dans des affaires comparables.
Cet outil implique une responsabilité quant à l’encadrement de son usage, l’anticipation de ses éventuelles dérives et la définition des limites à ne pas franchir, a-t-il expliqué, soulignant que cette entreprise appelle l’intervention du législateur afin d’adopter des lois et des textes réglementaires et d’encadrer l’utilisation de l’IA par des règles éthiques.
Egalement président de l’Association des hautes juridictions de cassation des pays ayant en partage l’usage du Français (AHJUCAF), M. Abdennabaoui a, à ce propos, mis en exergue la nécessité de « l’adoption préalable de principes directeurs éthiques, des chartes ou des codes de déontologie, qui pourront, lorsque cela s’avérera nécessaire, être renforcés par des règles juridiques adaptées ».
Il a en outre relevé que l’IA ne constitue pas « un effet de mode », mais une transformation profonde « à laquelle aucun pays ni secteur ne peut durablement rester étranger, au risque de se laisser en marge de l’évolution de notre siècle », notant que le Maroc en a pleinement conscience.
M. Abdennabaoui a, dans ce cadre, rappelé que Sa Majesté le Roi Mohammed VI a exprimé, dans Son Message au Symposium sur « le Maroc dans la société globale de l’information et du savoir » tenu en 2001, l’ambition de permettre au Royaume d’occuper sa juste place dans un monde transformé par la révolution numérique.
Cette vision, a-t-il enchaîné, trouve un écho particulier dans le dernier discours Royal au Parlement à l’occasion de l’ouverture de la première session de la première année législative de la 12e Législature, dans lequel le Souverain a souligné la nécessité de lancer de nouvelles stratégies dans l’économie numérique et de l’intelligence artificielle.
« La justice ne peut donc demeurer spectatrice de cette révolution. Elle doit en être actrice et, si possible, en éclairer le sens », a estimé M. Abdennabaoui.
Evoquant la question de la préservation de l’humanité de la justice, il a affirmé qu’il faut la transmettre aux juges d’aujourd’hui et de demain, en leur apprenant « à maîtriser les outils numériques, mais aussi à en faire un usage mesuré et responsable, sans jamais perdre ce qui fonde l’acte de juger : le doute qui précède la décision, l’écoute qui la prépare, le discernement qui la construit et la responsabilité qui l’accompagne ».
Organisé par la Cour de cassation du Maroc, en partenariat avec l’AHJUCAF, sous le thème « La justice et l’IA : opportunités et risques », ce colloque s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre des programmes annuels de cette Association.
La séance d’ouverture de cet événement qui se poursuit jusqu’à jeudi, a été marquée par la participation du Procureur général du Roi près la Cour de cassation, président du Ministère public, Hicham Balaoui, ainsi que de représentants de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF).
Ce conclave, qui connaît la participation de plus de 40 représentants issus d’une vingtaine de pays, vise notamment à mettre en lumière les possibilités offertes par les applications de l’IA dans le domaine judiciaire, tout en examinant les défis ainsi que les cadres juridiques et réglementaires nécessaires pour accompagner les mutations numériques accélérées.



