Représentativité des femmes à la Chambre des représentants : Vers un rôle prépondérant en matière d’action législative

Dpress
À l’issue des élections législatives du 23 septembre, la nouvelle composition de la Chambre des représentants affiche désormais une forte présence féminine, avec 107 députées sur un total de 395 sièges, soit près de 27,1% de l’ensemble des membres de la Chambre, dont 15 femmes parlementaires disposant déjà d’une expérience antérieure au sein de l’hémicycle.
Cette évolution numérique, par rapport aux 96 femmes parlementaires lors de la précédente législature, intervient parallèlement à une progression notable du nombre de femmes élues au titre des circonscriptions locales, passé de six parlementaires en 2021 à 17 lors du dernier scrutin, en plus de 90 députées élues sur les listes régionales.
Outre la question de la représentativité, cette présence grandissante des femmes au sein de l’institution législative ouvre également le débat sur la qualité de cette présence et sur sa contribution effective à l’action parlementaire, que ce soit à travers l’exercice des prérogatives constitutionnelles ou l’accès aux postes de responsabilité au sein de la Chambre, de son Bureau, ainsi qu’à la présidence des commissions et des groupes parlementaires.
Un processus cumulatif de la représentativité
Pour la chercheuse en sciences politiques et droit constitutionnel, Karima Gharrad, la hausse du nombre des femmes parlementaires, passé de 96 à 107, soit une augmentation de 11 sièges, constitue une « évolution importante » dans la représentativité politique des femmes au Maroc, au regard des étapes franchies dans le cadre de la discrimination positive depuis son adoption en 2002.
Dans une déclaration à la MAP, Mme Gharrad a expliqué que cette progression reflète une conviction ancrée quant à la nécessité de la présence des femmes dans la scène politique, soulignant toutefois que l’évaluation de cette dynamique ne se limite pas au nombre des femmes parlementaires, mais s’étend à leur présence dans les structures de la Chambre des représentants, notamment à son Bureau, à la présidence de ses commissions et aux postes de responsabilité au sein des groupes parlementaires, outre leur participation effective au processus législatif et au contrôle de l’action du gouvernement.
S’agissant de l’augmentation du nombre de femmes parlementaires candidates dans les circonscriptions locales, en tant que donnée marquante des résultats des élections de 2026, Mme Gharrad a estimé que cette évolution montre que l’accès des femmes au Parlement « n’est plus limité au mécanisme encadré par le quota, mais s’inscrit désormais dans le cadre de la compétition directe », en plus des 90 sièges réservés exclusivement aux femmes dans les listes régionales.
Selon elle, la lecture de cette donnée appelle néanmoins une certaine prudence, notamment lorsqu’elle est mise en relation avec un changement majeur des positions des partis et des électeurs quant à la capacité des femmes à concourir et à s’imposer dans les circonscriptions locales.
A cet égard, Mme Gharrad a affirmé que le chiffre enregistré renseigne sur une « évolution progressive de la manière dont on appréhende la présence des femmes sur la scène politique et au sein de l’institution législative », notant que cette dynamique, à elle seule, « ne peut prouver l’existence d’un changement profond et définitif des positions des partis et des électeurs ».
Autonomisation, influence et leadership
Si l’augmentation du nombre des femmes parlementaires et le passage d’une partie d’entre elles à la compétition directe constituent une évolution en matière de représentativité, la question la importante demeure liée à la capacité de cette présence numérique à se traduire par une présence équivalente dans les domaines de la législation, du contrôle et de l’influence sur le processus de prise de décision au niveau du parlement.
Dans ce sens, la chercheuse a souligné que la représentativité numérique est « importante car elle permet aux femmes de disposer d’un groupe parlementaire plus large et leur offre davantage de possibilités d’exprimer les préoccupations de la société et de défendre différentes priorités dans le débat législatif et de contrôle », estimant toutefois que « le nombre ne procure pas automatiquement de l’influence ».
A ses yeux, l’influence dépend en premier lieu de la capacité des femmes parlementaires à accéder aux postes de décision au sein de la Chambre, notamment à la présidence de ses commissions et des groupes parlementaires, ainsi qu’à son Bureau, puis de leur implication dans les initiatives législatives, les questions parlementaires, l’examen des politiques publiques et le contrôle de l’action gouvernementale.
Dans ce cadre, Mme Gharrad a considéré que la présente législature constituera « un test important pour passer de la représentativité à l’efficacité » de l’action, insistant sur la nécessité de « ne pas limiter la question au nombre de femmes qui ont pu accéder au Parlement, mais de s’intéresser plutôt à leur contribution et leur initiative en matière de législation ».
Le passage de deux femmes parlementaires en 1993 à 107 en 2026 constitue, selon la chercheuse en sciences politiques, un indicateur de « la modernité dans l’approche de la représentativité féminine », faisant désormais de « la qualité de cette participation et de sa place au sein de la hiérarchie de la décision parlementaire » le principal enjeu.
A ce propos, elle a mis l’accent sur quatre niveaux interdépendants sur lesquels l’étape à venir devrait se pencher, à savoir la représentativité, l’autonomisation, l’influence et le leadership, précisant que « la présence des femmes au Parlement constitue le début du processus et non sa fin ».
Ainsi, la question de la représentativité des femmes franchit, à l’issue des législatives du 23 septembre, une nouvelle étape dont le critère ne se résume plus, selon l’analyste, au nombre de sièges obtenus par les femmes, mais à leur capacité à transformer cette présence en une participation influente et agissante au sein de l’hémicycle, au regard des enjeux politiques et sociaux de l’heure.



