Économie

Casablanca Business Forum 2026 : l’Afrique appelée à renforcer sa souveraineté économique et numérique

Dpress

Les intervenants à un panel, tenu en marge de la 2ème édition du Casablanca Business Forum, ont souligné, vendredi à Casablanca, que l’Afrique est appelée à renforcer sa souveraineté économique et numérique dans un contexte de recomposition des équilibres mondiaux.

Ce renforcement passe par la diversification des partenariats du continent, la réduction de ses dépendances industrielles et technologiques, ainsi que par le développement de ses propres capacités, ont indiqué les participants à ce panel placé sous le thème « Recomposition mondiale : quels leviers de souveraineté et de croissance pour l’Afrique ? ».

Cette rencontre a permis de mettre en lumière les opportunités offertes par les nouvelles configurations géopolitiques, notamment à travers un rapprochement renforcé entre l’Afrique et l’Europe, ainsi que la nécessité pour le continent de maîtriser davantage ses infrastructures, ses données, ses talents et ses technologies numériques.

S’exprimant à cette occasion, la ministre de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, a insisté sur l’émergence d’une nouvelle conception de la souveraineté, qui ne se limite plus aux dimensions territoriales, mais englobe désormais pleinement la souveraineté numérique.

La souveraineté numérique repose, selon la responsable, sur plusieurs composantes, notamment les infrastructures, la capacité de calcul (compute) et la réglementation, autant d’éléments qui conditionnent la capacité des pays à peser dans les transformations technologiques en cours.

Abordant la question de l’intelligence artificielle, la ministre a estimé que l’Afrique dispose d’un potentiel lui permettant de s’insérer dans cette nouvelle course technologique, malgré l’avance considérable prise par les États-Unis et la Chine en matière d’investissements.

Elle a notamment mis en avant les compétences africaines et la possibilité de développer des modèles, algorithmes et outils d’intelligence artificielle adaptés aux besoins du continent, susceptibles d’accompagner son développement.

Pour sa part, la directrice générale de l’Office national des Hydrocarbures et des Mines (ONHYM), Amina Benkhadra, a relevé que l’Afrique est au cœur des enjeux géopolitiques, citant notamment la révolution énergétique et numérique, la reconfiguration des chaînes de valeur et la sécurisation des approvisionnements.

Dans ce contexte, le continent devrait davantage connecter ses différentes zones productrices, développer des réseaux de communication et favoriser l’émergence de marchés régionaux capables de s’insérer dans les chaînes de valeur internationales, a-t-elle préconisé.

Une telle dynamique passe, selon Mme Benkhadra, par davantage de souveraineté, mais aussi par une capacité accrue à attirer et à activer les investissements, le principal déficit de l’Afrique demeurant celui de l’investissement, notamment dans les infrastructures énergétiques.

Évoquant le Gazoduc Africain-Atlantique, la DG de l’ONHYM a souligné qu’il s’agit d’une vision cohérente de développement portée par 13 pays concernés. Ce projet, qui est un véritable vecteur de développement et d’intégration, ambitionne d’acheminer le gaz des pays exportateurs, notamment le Nigeria, le Sénégal et la Mauritanie, vers les pays qui en ont besoin pour soutenir leur développement, a rappelé Mme Benkhadra.

Elle a mis l’accent sur la nécessité de l’accès à une énergie durable pour développer les ressources minières et accroître la valeur ajoutée.

De son côté, Patrick Dupoux, directeur général et associé principal au Boston Consulting Group (BCG), a relevé que l’Afrique et l’Europe se trouvent confrontées à des défis stratégiques similaires dans le contexte de la nouvelle géopolitique mondiale, estimant que les deux espaces constituent ainsi des « alliés objectifs ».

Cette situation s’inscrit dans un environnement marqué par une forte domination industrielle de la Chine et une domination numérique américaine, qui exposent aussi bien l’Europe que l’Afrique à des dépendances stratégiques, a-t-il expliqué.

Pour M. Dupoux, cette configuration ouvre la voie à une « coprotection » entre l’Europe et l’Afrique, notamment dans les secteurs manufacturier et numérique, afin de renforcer les échanges et de réduire la dépendance industrielle du continent.

Ce panel, auquel a également pris part Lionel Zinsou, ancien premier ministre du Bénin et Co-fondateur et associé gérant de SouthBridge, a été suivi d’autres sessions d’échanges portant sur « L’Afrique face à la compétition mondiale pour les capitaux », « COP 31 : l’Afrique peut-elle transformer ses ambitions climatiques en actions concrètes ? », « Connecter l’Afrique : infrastructures, capitaux et impératif d’intégration » et « Mobiliser les talents : du brain drain à la circulation des compétences ».

Initié par Casablanca Finance City (CFC) sous le thème « Africa’s Next Economic Chapter », le Casablanca Business Forum 2026 a été marqué par une intervention par visioconférence du professeur Philippe Aghion, lauréat du Prix Nobel d’économie 2025, qui est revenu sur les conditions permettant de faire des mutations économiques et technologiques un véritable levier de productivité, de compétitivité et de croissance durable.

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