A Fès, les législatives s’invitent à la table des cafés

Dpress
À Fès, la campagne électorale ne se joue pas uniquement dans les permanences des partis, sur les affiches ou sur les écrans des smartphones. Elle se prolonge également autour des tables de café, dans ces espaces familiers où la politique s’invite au milieu d’une conversation ordinaire, entre deux gorgées de café et quelques coups d’œil aux dernières publications sur les réseaux sociaux et aux ballets des équipes de campagne.
A quelques jours des élections législatives du 23 septembre, les cafés de la ville renouent avec leur vieille fonction de lieux de débat et de confrontation des opinions. Ici, pas de pupitres, de slogans soigneusement rodés ni de promesses de campagne : autour d’un café, la politique se discute à hauteur de vie. Les conversations sont plus spontanées, parfois passionnées, et surtout centrées sur le concret : le pouvoir d’achat, l’emploi, les services publics ou encore l’avenir de la ville.
Loin des discours calibrés des meetings, c’est une autre parole politique qui se fait entendre, sans fioritures et plus ancrée dans le quotidien. Les programmes (leurs points saillants, on l’imagine bien) sont scrutés autant que les promesses sont mises à l’épreuve. Généralement, le smartphone sert de point de départ à une discussion, une vidéo d’un candidat qui suscite un commentaire, mais l’échange revient rapidement à l’essentiel : la capacité des élus à répondre concrètement aux attentes de la population. Le café apparaît dès lors comme un laboratoire informel de l’opinion publique, où les préférences côtoient les hésitations et où la confiance se mesure à l’aune de l’expérience quotidienne.
Dans un café au quartier populaire de Mont fleuri II, Mohamed Kroum défile le contenu que lui propose le réseau social au logo bleu. Mais sa longue expérience de l’associatif semble le rendre peu influençable par le choix des algorithmes. Il a les idées (politiques) bien claires. Au micro de la MAP, il lance un message sans ambiguïté aux candidats : ils doivent rompre avec les promesses sans lendemain, faire preuve de sincérité et de responsabilité et surtout traduire leurs engagements dans des réalisations concrètes après le scrutin.
A ses yeux, la proximité avec les citoyens doit constituer le fondement de l’action politique : Aller sur le terrain, écouter les habitants et rester à leurs côtés une fois les élections passées. Ses attentes portent notamment sur le renforcement de la santé, de la justice, de l’éducation et de la politique sociale.
Il insiste particulièrement sur la situation des catégories défavorisées et sur la nécessité d’accorder à la jeunesse une attention à la hauteur de ses aspirations, en matière d’éducation, d’emploi et d’accès aux projets de développement. Il appelle également les partis à ouvrir davantage leurs structures aux jeunes afin de favoriser l’émergence de nouvelles générations de responsables politiques. Dans cette perspective, la participation électorale demeure, selon lui, un acte de responsabilité nationale.
Une préoccupation similaire, mais formulée sous l’angle de la compétence, ressort du témoignage d’Abdelouafi Tounssi, rencontré dans un autre café. Pour lui, l’enjeu du scrutin réside d’abord dans la capacité des électeurs à faire émerger des compétences capables de gérer efficacement les affaires publiques aux niveaux local, régional et national. Il plaide pour le renouvellement des élites et pour une plus grande place accordée aux jeunes et aux compétences capables de stimuler l’investissement et de créer des emplois.
D’après lui, ces exigences doivent également toucher au développement des territoires ruraux, qu’il considère comme indissociable de celui des villes. Il appelle à y renforcer les infrastructures, l’éducation, la santé, le logement et l’investissement agricole afin de réduire l’exode rural.
Changement de décor, cette fois dans un café en plein centre-ville. Les attentes, elles, restent les mêmes, profondément ancrées dans le quotidien des habitants. Ali Sfira, musicien, espère que les prochaines échéances électorales se traduiront par des améliorations concrètes du cadre de vie : une ville plus propre et plus sûre, davantage d’espaces de promenade et de loisirs, ainsi que des services de santé à la hauteur des besoins de la population.
Ses préoccupations dépassent toutefois les limites de la ville. Pour le monde rural, il plaide pour le développement d’équipements essentiels — écoles, terrains de sport, bibliothèques et autres infrastructures — afin de rapprocher les services des habitants et de freiner l’exode vers les centres urbains. Mais son témoignage accorde surtout une place particulière à la jeunesse, dont il souligne le potentiel dans le sport, la culture, les sciences et de nombreux autres domaines. Il appelle les responsables publics à lui offrir davantage d’espace et de responsabilités, convaincu que cette énergie peut constituer un levier majeur pour l’avenir du pays.
A mesure que le scrutin approche, les conversations de café à Fès donnent à voir une campagne électorale traversée moins par les querelles partisanes que par des préoccupations très concrètes : la qualité des services publics, l’emploi, la jeunesse, le développement territorial, la proximité des élus et la crédibilité de leurs engagements. Le café demeure, dans une certaine mesure, un baromètre à hauteur de citoyen, où se confrontent les espoirs et les exigences d’un électorat appelé à transformer ses conversations en choix dans l’isoloir.



