L’INRA réaffirme son engagement pour une recherche agricole inclusive et sensible au genre

Dpress
Dans le cadre de la Conférence internationale organisée à l’occasion de l’Année internationale des femmes agricultrices, qui s’est tenue les 15, 16 et 17 septembre à l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) à Benguérir, l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) a pris part aux travaux consacrés au rôle des femmes dans la transformation des systèmes agricoles, notamment à travers sa participation au panel « Science, data and innovation serving women Farmers ».
Cette participation a été marquée par l’intervention de Mme Lamiae Ghaouti, Directrice de l’INRA, qui a réaffirmé l’engagement de l’Institut en faveur d’une recherche agricole plus inclusive, participative et sensible au genre, considérant cette dimension comme un élément essentiel de la pertinence et de l’impact de la recherche. Elle a souligné la nécessité de mieux rendre visibles les femmes agricultrices dans les données, de les associer à la définition des priorités de recherche et de renforcer leur participation aux processus de décision et d’innovation.
Dans son intervention, Pr. Ghaouti a également insisté sur l’importance d’aller au-delà de la simple identification statistique des femmes agricultrices afin de mieux documenter leur contribution au travail agricole, leur accès aux ressources et aux technologies, leur participation aux chaînes de valeur, leur pouvoir de décision ainsi que les bénéfices qu’elles tirent des innovations. Elle a ainsi plaidé pour le passage d’une logique de « recherche pour les femmes » à une logique de « recherche avec les femmes », en intégrant les agricultrices à l’ensemble du cycle de l’innovation, de l’identification des besoins à la conception, l’expérimentation, l’adaptation, la validation, la diffusion et l’évaluation des impacts.
Cette vision prend une dimension particulière dans le contexte de l’agriculture de conservation (AC). L’atteinte de 1 million d’hectares d’agriculture de conservation au Maroc, inscrite parmi les objectifs phares de la stratégie Génération Green 2020-2030, constituerait un levier majeur de transformation du monde rural et de ses populations, femmes et hommes confondus. Le passage d’un modèle céréalier conventionnel fondé sur le travail du sol vers un modèle reposant notamment sur le semis direct pourrait contribuer significativement au bien-être des femmes agricultrices et des jeunes ruraux dans les principaux bassins agricoles du Maroc. Au-delà de ses bénéfices agronomiques et environnementaux, cette transition ouvre des perspectives importantes en matière de réduction de la pénibilité du travail, de libération du temps des femmes, de diversification des activités et de création de nouvelles opportunités professionnelles pour les jeunes.
Dans cette dynamique, l’ICARDA constitue un partenaire scientifique et technique stratégique de l’INRA pour accompagner la transition vers une agriculture résiliente, durable et inclusive. La collaboration bilatérale porte notamment sur l’agriculture de conservation, le semis direct, la diversification des cultures, la gestion durable des sols et l’adaptation au changement climatique. Elle contribue également au renforcement des capacités et à la diffusion des innovations auprès des agriculteurs, avec une attention croissante portée aux femmes et aux jeunes. Cette coopération illustre une approche intégrée associant innovation agricole, inclusion sociale, autonomisation des femmes et création d’opportunités économiques en milieu rural.
Pour l’INRA, une recherche véritablement sensible au genre doit ainsi permettre de mieux comprendre les réalités, les contraintes et les opportunités propres aux femmes agricultrices et de faire de ces éléments des paramètres à part entière dans la conception des interventions de recherche et d’innovation. Cette approche participative vise à faire des femmes non seulement des bénéficiaires des résultats de la recherche, mais également de véritables actrices de la production et de l’adaptation des innovations, en tenant compte de leurs savoirs, de leurs expériences et de leurs besoins.
Cette approche est notamment illustrée par le projet MountainHER, coordonné par l’INRA et achevé en 2025. Mis en œuvre avec des partenaires de six pays méditerranéens et impliquant plus de 300 agriculteurs, majoritairement des femmes, le projet a combiné recherche agricole, agroécologie, valorisation des ressources locales, transformation, gouvernance et accès aux marchés.
Une attention particulière a été accordée aux coopératives féminines, placées au cœur de la dynamique d’innovation, afin de favoriser leur implication dans la valorisation des ressources locales, le développement d’activités génératrices de valeur et le renforcement de leur autonomie économique.
Cette orientation s’inscrit dans la continuité des travaux menés par l’INRA autour des femmes rurales, des coopératives, de l’entrepreneuriat féminin, des chaînes de valeur et des interactions entre genre et changement climatique. L’Institut accompagne également les coopératives féminines, notamment dans le domaine des plantes aromatiques et médicinales, ainsi que les productrices de safran, les agricultrices et les jeunes femmes, à travers des actions de formation, d’encadrement et de renforcement des capacités.
Ces interventions traduisent la volonté de l’INRA de rapprocher davantage la recherche des réalités du terrain et de contribuer à la création d’un environnement plus favorable à la participation des femmes aux dynamiques d’innovation et de création de valeur dans les territoires ruraux.
À travers cette dynamique, l’INRA ambitionne de faire de la dimension genre une composante transversale de la qualité, de la pertinence et de l’impact de la recherche agricole. Cette orientation repose notamment sur le recours à des données désagrégées par genre, l’analyse des effets différenciés des innovations sur les femmes et les hommes, ainsi que sur le renforcement progressif des compétences internes de l’Institut en matière de recherche sensible au genre.
L’Institut entend également capitaliser sur son expertise scientifique existante et favoriser son partage à travers un réseau de chercheurs relais au niveau des Centres Régionaux de la Recherche Agronomique (CRRA).
À travers cette vision, l’INRA réaffirme son ambition de contribuer à une agriculture de demain construite avec les femmes, dans laquelle les agricultrices sont pleinement reconnues comme des actrices de la recherche, de l’innovation, de la création de valeur et de la décision.
Pour l’Institut, mieux intégrer les femmes dans la recherche agricole ne constitue pas uniquement un enjeu d’équité. Il s’agit également d’un levier pour renforcer la qualité, la pertinence et l’impact de la science, au service de systèmes agricoles plus inclusifs, résilients et durables.



