Du fond de la mine au miroir d’un lac : Ma’anshan, vitrine de la restauration écologique en Chine

Dpress
À Ma’anshan, ville industrielle de la province d’Anhui, dans l’est de la Chine, une ancienne mine à ciel ouvert s’est muée en un vaste lac entouré de verdure, offrant un exemple spectaculaire de reconversion d’un territoire longtemps façonné par l’exploitation du minerai de fer et la sidérurgie.
À première vue, rien ne laisse deviner qu’au creux de ce vaste lac aux reflets paisibles s’ouvrait autrefois une immense mine, où excavatrices, camions et explosions rythmaient le quotidien d’une ville dont l’histoire économique s’est construite autour du minerai de fer et de l’acier.
Au cœur du parc géologique et culturel d’Aoshan, le paysage semble aujourd’hui presque naturel. L’eau occupe le fond de l’ancienne fosse, les arbres ont reconquis les versants et les anciennes pistes minières ont laissé place à des chemins de promenade. Ce décor est pourtant le fruit d’une intervention humaine considérable : celle d’une ville qui cherche à réparer les marques de son passé industriel sans renoncer à la mémoire qui l’accompagne.
Pendant des décennies, l’exploitation du minerai de fer a soutenu le développement économique de Ma’anshan et nourri l’essor d’une industrie sidérurgique devenue l’un des piliers de son identité.
Ici, la mine n’était pas seulement une activité. Elle a modelé le territoire, l’économie et le paysage.
Puis le cycle minier s’est essoufflé. Avec l’épuisement progressif des ressources et l’arrêt des anciennes zones d’exploitation, Ma’anshan s’est retrouvée face à une question familière aux anciennes villes industrielles : que faire d’un territoire profondément transformé par l’extraction ?
À Aoshan, la réponse a pris la forme d’une vaste opération de restauration écologique.
De la fosse au lac
Situé dans le bourg de Xiangshan, dans le district de Yushan, à Ma’anshan, le parc géologique et culturel d’Aoshan est aujourd’hui l’un des symboles les plus visibles de cette reconversion. La mine a cessé son activité en 2017, ouvrant une nouvelle page de son histoire.
Au centre du site, l’ancienne fosse, qui atteignait une profondeur de 210 mètres sous le niveau de la mer, s’est progressivement transformée en un vaste plan d’eau artificiel, le lac Aoshan. L’excavation qui témoignait autrefois de la puissance de l’activité minière constitue désormais le cœur du nouveau paysage.
Mais remplir une fosse d’eau ne suffit pas à restaurer un territoire. Les versants ont été stabilisés, les terrains dégradés traités et les collines progressivement reverdies. Les parois rocheuses ont cédé la place à des pentes couvertes de végétation. Les anciennes voies d’accès des engins ont été réaménagées en sentiers et plusieurs points hauts en belvédères.
« Nous n’avons pas seulement transformé une fosse minière en lac. Nous avons voulu démontrer qu’un territoire profondément marqué par l’industrie pouvait retrouver un équilibre entre développement économique, protection de l’environnement et qualité de vie », explique à la MAP Huang Kebin, directeur de la Ma’anshan Iron and Steel Mining Ecological Restoration Company.
Le résultat frappe d’autant plus que le paysage donne parfois l’impression d’avoir toujours existé. Sous les arbres et derrière les reflets du lac se cache pourtant un territoire entièrement remodelé. La nature visible aujourd’hui est le produit d’un processus de restauration destiné à redonner au site un nouvel équilibre.
Huang Kebin souligne que les versants, autrefois totalement dénudés, accueillent désormais une végétation dense et de nouveaux écosystèmes, fruit de plusieurs années de stabilisation des sols et de reboisement.
Réparer sans effacer
À Aoshan, la restauration ne signifie pas tourner la page. Derrière les arbres, le lac et les sentiers subsiste une histoire industrielle que Ma’anshan entend préserver.
Le parc comprend des espaces culturels, des plateformes d’observation, des installations consacrées à l’histoire de l’exploitation minière et des parcours permettant de retracer l’évolution du site. Les traces du passé sont ainsi intégrées au nouveau paysage plutôt que reléguées à l’oubli.
« Notre ambition n’était pas d’effacer le passé, mais de lui donner un nouvel avenir. L’exploitation minière fait partie de l’identité de Ma’anshan », affirme Huang Kebin. Pour lui, le parc doit à la fois transmettre cette histoire et montrer qu’une reconversion durable est possible.
Cette approche donne au site une dimension qui dépasse le simple réaménagement paysager. Aoshan est devenu à la fois un espace naturel, un lieu de mémoire et un nouvel espace de vie.
Une cicatrice devenue paysage
À Ma’anshan, cette évolution est particulièrement visible parce qu’elle se lit directement dans le paysage. La transformation de l’ancienne fosse en lac illustre une idée simple mais exigeante : une cicatrice industrielle peut, avec le temps et beaucoup de travail, devenir une ressource écologique et paysagère.
L’enjeu dépasse toutefois Aoshan. Pour les villes dont l’histoire s’est construite autour de l’extraction, la transition ne consiste pas seulement à réparer les dégâts du passé. Elle suppose aussi de trouver une nouvelle manière d’utiliser le territoire, tout en conservant sa mémoire.
La restauration des anciens sites miniers prend ainsi une place croissante dans la transformation des territoires industriels en Chine. Les anciennes zones d’extraction peuvent retrouver de nouveaux usages, qu’il s’agisse d’espaces verts, de lieux de loisirs ou de sites consacrés à la sensibilisation environnementale.
Ma’anshan, une ville qui change de visage
Ma’anshan reste une ville industrielle et son héritage sidérurgique demeure au cœur de son économie. Mais autour des anciennes zones minières, une autre image émerge. La restauration d’Aoshan associe désormais protection de l’environnement, patrimoine industriel, loisirs et nouveaux usages du territoire.
Le site raconte ainsi deux histoires : celle d’une industrie qui a profondément transformé la terre et celle d’une ville qui cherche aujourd’hui à transformer l’héritage de cette industrie.
C’est peut-être là que réside la singularité de Ma’anshan. La ville n’a pas cherché à faire disparaître son passé minier, mais à le convertir en patrimoine et à transformer une ancienne contrainte environnementale en nouvel espace de vie.
Du fond de la mine au miroir du lac, Aoshan raconte donc bien plus qu’une opération de réaménagement. Le site donne à voir la possibilité, pour une ancienne cité minière, de passer d’un territoire dominé par l’extraction à un rapport plus équilibré avec son environnement.
Dans cette ville de l’Anhui façonnée par le fer, une ancienne fosse est devenue un lac, une friche un parc et une cicatrice industrielle un paysage. La mine n’a pas disparu. Elle a changé de visage.



