monde

Astaka Morocco: Un fragment du Maroc au cœur des tropiques malaisiens

Dpress

Il est dix heures en cette matinée claire de juillet au Jardin botanique de Putrajaya, vaste domaine de 92 hectares que borde le lac de la capitale administrative malaisienne.

Le chant des oiseaux emplit l’air, ponctué çà et là du froissement des palmes et autres arbres agités par la brise. Au détour d’une allée, le soleil vient éclairer le Pavillon marocain, singularité architecturale dont le style contraste avec la végétation tropicale environnante.

Connu localement sous le nom d’Astaka Morocco, ce musée à ciel ouvert est géré par la Perbadanan Putrajaya, autorité chargée du développement de Putrajaya. Il déploie l’art des maîtres artisans du Royaume sur près de 6.880 mètres carrés, dont environ 1.670 mètres carrés de surface bâtie.

Dans une déclaration à la MAP, Amzari Bin Senin, agent agricole adjoint, indique que l’idée d’ériger au Jardin botanique de Putrajaya un édifice consacré à l’architecture marocaine procède d’un choix délibéré, celui de s’écarter des références habituelles de l’architecture musulmane répandues en Asie du Sud-Est.

« En Malaisie, on ne voit pas souvent d’architecture marocaine, nous sommes davantage habitués aux styles ouzbek ou moyen-oriental », affirme-t-il.

Le responsable malaisien considère l’architecture marocaine comme « l’une des plus abouties du monde islamique », louant « une esthétique particulièrement travaillée », adossée à « une riche histoire » et à « un entrelacs subtil de motifs ».

Les travaux de construction de l’Astaka Morocco ont démarré en 2003, année où la Malaisie accueillait le sommet de l’Organisation de la coopération islamique (OCI). Ils s’inscrivaient également dans le prolongement de l’édification de Putrajaya elle-même, lancée en 1995 pour devenir la nouvelle capitale administrative du pays et inaugurée en 1999, année du transfert des ministères depuis Kuala Lumpur.

Des artisans marocains furent conviés sur place pour donner corps à ce projet. Maîtres du zellige, sculpteurs sur bois, spécialistes du plâtre ornemental ont ainsi œuvré sur le site de 2003 à 2006, reproduisant fidèlement les techniques traditionnelles marocaines à l’aide de matériaux importés du Royaume.

Les concepteurs de l’Astaka Morocco se sont également inspirés de l’héritage andalou, puisant notamment dans le palais de l’Aljafería à Saragosse et l’Alhambra de Grenade, afin de réunir « ce que l’architecture marocaine et le patrimoine andalou ont produit de plus raffiné », selon M. Amzari.

Organisé autour de trois cours (la cour d’entrée, la cour Royale et la cour de Grenade), le Pavillon marocain compte six salles thématiques. Quatre sont consacrées aux villes impériales du Maroc (Marrakech, Fès, Meknès et Rabat), les deux autres à Essaouira et l’Atlas.

L’entrée du site se présente sous la forme d’une imposante façade en pierre blonde, où des arcs encadrent la porte principale en fer à cheval. Au pied de cette façade, une rangée de vasques fait face à un bassin de zellige bleu et blanc en forme d’étoile.

Entourées de palmiers, animées de bassins et de canaux carrelés, les trois cours à ciel ouvert s’ouvrent par endroits sur le lac de Putrajaya et se distinguent par des arcades à arcs outrepassés, des frises de plâtre sculpté et leurs bandeaux calligraphiques gravés de versets coraniques.

Les six galeries thématiques se nichent dans la cour la plus intérieure du Pavillon. La salle consacrée à Fès s’organise autour d’un grand arc en fer à cheval de plâtre sculpté, au cœur duquel se déploie une composition de zellige bleu, ocre et vert réalisée selon la technique des maâlems du zellige fassi. Le mobilier qui y est exposé associe banquettes vertes, table à plateau de cuivre et coffre sculpté.

La salle de Rabat abrite un imposant miroir en bois sombre incrusté de zellige vert et bleu à sa base, ainsi qu’une voûte en muqarnas sculptée dans le plâtre et reposant sur un arc en fer à cheval. Ses tables sculptées présentent des motifs géométriques qui, aux yeux de M. Amzari, contrastent avec les traditions ornementales malaises essentiellement florales telles que les motifs Pucuk ou Awan Larat.

La salle de Marrakech joue sur une palette rose poudré évoquant les remparts de la ville ocre, et présente un zellige aux motifs plus larges que dans les autres salles. De grandes étoiles à seize pointes en céramique brune, turquoise et safran courent le long des murs sous des colonnes de marbre sculpté.

La galerie de Meknès se distingue par la sobriété relative de ses tons qui contraste avec les couleurs vives des autres salles, notamment son plafond et son bandeau de zellige bleu, blanc et ocre courant au pied des murs. Le mobilier reprend les codes du salon marocain traditionnel, avec des banquettes basses à coussins et des tables sculptées. Un fusil ancien ornant le mur du fond rappelle la tradition meknassie de l’armurerie décorative.

Dans la salle dédiée à Essaouira, le visiteur peut admirer une porte d’entrée à double vantail peinte à la main, dont le bleu turquoise et le rose, quelque peu patinés par le temps, laissent apparaître étoiles et rosaces géométriques. Une plaque de serrure en bronze, placée en son centre, parachève cet hommage au bois façonné par le vent et le sel de l’Atlantique.

La salle consacrée à l’Atlas vient clore ce parcours à travers les styles architecturaux et décors d’intérieur marocains qu’offre l’Astaka Morocco.

Un parfum de bois de cèdre de l’Atlas et des sonorités de la musique chaâbi marocaine accompagnent les visiteurs de salle en salle, unifiant leur parcours à travers l’ensemble des galeries.

« Nous avons essayé d’apporter, dans chacune des six galeries, des éléments de la culture marocaine susceptibles d’intéresser les visiteurs », relève M. Amzari. De fait, le Pavillon marocain est devenu, au fil des années, l’un des sites les plus photographiés de Putrajaya aux côtés de la Mosquée rose de Putra et du Perdana Putra, siège du gouvernement malaisien.

Vingt ans après sa conception comme symbole reflétant les liens culturels entre le Maroc et la Malaisie, l’Astaka Morocco continue donc de se prêter à des expériences singulières pour qui prend le temps de s’y attarder. Que ce soit à travers la lumière du midi malaisien captée par les zelliges, le bois sculpté scintillant comme une eau vive, les notes de chaabi flottant dans l’air ou la senteur de cèdre au détour d’un couloir, chaque visiteur emportera de ce site d’exception une expérience différente de l’art architectural marocain.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page