Dakhla : Le Centre international de recherches sur la prévention des enfants soldats consolide son rayonnement à l’international

Dpress
Le Centre international de recherches sur la prévention des enfants soldats, basé à Dakhla, chef-lieu de la province d’Oued Eddahab, est devenu, après quatre années d’existence, l’un des centres de référence au niveau mondial dans le domaine de l’analyse et de l’étude du phénomène du recrutement des enfants, aussi bien sur le plan académique qu’opérationnel.
Le président-directeur général du Centre, Abdelkader Filali, a indiqué, dans un entretien accordé à la MAP, que le Centre a adopté une approche scientifique fondée sur la recherche de terrain et l’analyse approfondie afin de mieux comprendre le phénomène du recrutement des enfants, soulignant que les premières études ont concerné les pays du Sahel africain, à commencer par le Tchad, où les équipes du Centre ont mené des entretiens directs avec d’anciens enfants recrutés, lesquels ont livré des témoignages sur les circonstances et les conditions de leur enrôlement.
M. Filali, également professeur à l’Université d’Ottawa, a ajouté que l’action du Centre ne s’est pas limitée au continent africain, mais s’est étendue à l’Amérique latine, à travers deux visites effectuées en Colombie, qui ont permis de mener des recherches de terrain et d’ouvrir une représentation du Centre dans la ville de Cali.
Cette étape a constitué une phase importante dans l’élargissement du champ de recherche du Centre, permettant une meilleure compréhension des modes de recrutement, a souligné l’universitaire.
Les recherches ont également concerné la région de l’Asie centrale, notamment le Kazakhstan, où des cas de recrutement d’enfants ont été observés, donnant lieu à leur exploitation et à leur enrôlement dans des idéologies violentes, a-t-il poursuivi.
Depuis sa création, le centre a publié trois rapports scientifiques “rigoureux”, portant sur l’analyse des modes de recrutement des enfants, portant aussi bien sur les formes traditionnelles de recrutement durant la guerre froide que sur les méthodes modernes adoptées par les groupes terroristes en Afrique et en Asie, a détaillé M. Filali.
Dans le cadre du partage des résultats de ces recherches, le Centre a mené plusieurs tournées scientifiques auprès d’universités et d’institutions académiques internationales, notamment l’Université d’Oslo en Norvège, ainsi que les universités de Prague et de Pilsen en République tchèque.
Il a également pris part à la 34e Conférence internationale de la Croix-Rouge à Genève, tout en organisant des rencontres académiques en Espagne, particulièrement à Séville et Madrid.
De plus, le Centre a pris l’initiative de publier une œuvre littéraire inspirée d’histoires réelles d’enfants recrutés en Afrique, en Amérique latine et en Asie centrale, ainsi que du témoignage d’une jeune fille issue des camps de Tindouf, afin de mettre en lumière ces tragédies humaines sous une forme littéraire reflétant une réalité douloureuse.
Au niveau de l’action de terrain, le Centre a effectué des visites en Côte d’Ivoire et en République démocratique du Congo, où il s’est informé des programmes de désarmement, de démobilisation et de réintégration des enfants recrutés, tout en concluant des partenariats avec des centres de recherche et des organismes œuvrant dans les domaines des droits de l’Homme et de la réintégration.
S’agissant de l’innovation, M. Filali a révélé que le Centre travaille au développement d’un programme d’intelligence artificielle destiné à suivre les mouvements des groupes armés et des milices à travers le monde, en s’appuyant sur un réseau de partenaires de la société civile à travers différents continents, permettant ainsi l’accès à des données en temps réel partagées avec des partenaires internationaux et des agences onusiennes.
Dans ce sillage, il a mis en avant l’importance de la conférence ministérielle africaine tenue à Rabat le 20 novembre 2025 sur le Désarmement, la Démobilisation et la Réintégration (DDR) des enfants soldats, avec la participation de plus de 40 pays africains, et qui s’est soldée par l’adoption de la “Déclaration de Rabat”, devenue une référence dans les délibérations du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale des Nations unies.
Concernant les perspectives futures, M. Filali a annoncé l’organisation de nouvelles visites de terrain dans plusieurs pays d’Amérique latine, notamment la Bolivie, le Pérou, l’Équateur, le Paraguay, l’Argentine, le Chili, le Guatemala et le Brésil, dans l’objectif d’élargir le réseau des représentations du Centre et de mettre en place des partenariats contribuant au renforcement de la coopération internationale afin d’éradiquer le phénomène du recrutement et de l’exploitation des enfants dans les conflits armés à l’échelle mondiale à l’horizon 2040.
Il a également annoncé le lancement, au cours du mois de juin prochain, de la première revue académique spécialisée dans la thématique du “recrutement des enfants et de la réintégration”, dans une démarche visant à renforcer la production scientifique dans ce domaine.
Au sujet du positionnement du Centre, M. Filali a affirmé que l’accueil par la ville de Dakhla de cette institution de recherche lui confère une nouvelle dimension, en complément de ses atouts touristiques et économiques, estimant qu’elle s’impose comme un espace de dialogue académique, diplomatique et culturel, ainsi qu’un centre de rayonnement des valeurs de paix à l’échelle internationale.
Après quatre années d’activité, le Centre ambitionne d’élargir davantage ses partenariats internationaux et de renforcer son réseau de recherche, qui regroupe actuellement plus de 80 chercheurs africains, tout en œuvrant à attirer des compétences issues d’Amérique latine et d’Asie afin de consolider ses efforts de lutte contre l’enrôlement des enfants à l’échelle mondiale.



