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Ramadan bruxellois : diversité culturelle, communion spirituelle

Dpress

A la tombée du soir, tandis que Bruxelles poursuit son rythme quotidien, une autre temporalité s’installe autour de la Grande Mosquée de la ville. Peu avant 19h30, les premiers fidèles convergent silencieusement vers l’édifice, installé au cœur du Parc du Cinquantenaire depuis 1978, en plein quartier européen. Par petits groupes, ils franchissent au compte-gouttes les grilles du parc, laissant derrière eux l’agitation urbaine.

A mesure que l’on s’en approche, les conversations se font plus discrètes et les pas encore déterminés. Dans une atmosphère calme et organisée, chacun se dirige vers l’entrée, impatient de prendre part aux prières d’Al Icha et des Tarawih qui vont bientôt commencer.

Progressivement, la salle de prière se remplit. Certains parcourent silencieusement les pages du Coran, absorbés par leur lecture, tandis que d’autres récitent à voix basse des versets qu’ils connaissent par cœur. Ici et là, quelques croyants accomplissent les deux rakaates de salutation de la mosquée et d’autres glissent, une à une, les perles de leurs chapelets entre les doigts, plongés dans une méditation imperceptible.

Les enfants, attentifs et sages, observent les gestes des adultes qui les accompagnent. Les bénévoles, présents mais discrets, orientent les retardataires vers les espaces encore libres, veillent à l’alignement des rangées et rappellent doucement les consignes nécessaires au bon déroulement de la prière.

Un climat empreint de recueillement enveloppe les lieux. La lumière tamisée tranche avec l’obscurité du ciel hivernal visible à travers les vitraux. Les lustres diffusent une clarté chaleureuse qui se reflète sur la moquette épaisse s’étendant le long de la salle, guidant naturellement les fidèles vers leurs places.

Une légère odeur d’encens imprègne l’air, mêlée aux parfums subtils de l’assistance et à celui des Corans rangés près du mihrab. Cette atmosphère marque une véritable transition entre l’agitation extérieure et la sérénité intérieure du lieu. Puis, la voix douce et posée du Mouaddin s’élève. Claire et apaisante, elle accueille les centaines de fidèles venus nourrir leurs âmes et se ressourcer en ce mois sacré du Ramadan.

A l’image de Bruxelles, capitale cosmopolite, l’assemblée reflète une grande diversité culturelle. Les murmurent se déclinent en plusieurs langues. Arabe, français, néerlandais, turc entre autres. Les visages témoignent d’origines variées, du Maghreb à l’Afrique subsaharienne, du Moyen-Orient à l’Asie et les silhouettes se distinguent par une pluralité frappante de styles vestimentaires. Dans ce mélange qui interpelle par ces contrastes et son harmonie, toutes les différences s’estampent derrière l’objectif commun de partager un moment de foi et d’élévation spirituelle.

Répartis sur les trois niveaux du bâtiment, hommes et femmes, jeunes et personnes âgées se tiennent dans un ordre remarquable. Les rangs sont parfaitement alignés, épaules contre épaules, chevilles jointes, symbole d’unité et de cohésion. Les expressions traduisent concentration et ferveur. La psalmodie coranique, qui rythme les longues prières des Tarawih, crée une impression de suspension, comme si le tumulte de la ville toute proche s’était momentanément effacé.

Entre deux séquences de prière, un léger mouvement parcourt l’assemblée. Des fidèles boivent une gorgée d’eau, d’autres étirent discrètement leurs jambes, certains épuisés après une longue journée de jeune, quittent la salle avec discrétion.

Rapidement, le silence reprend ses droits et le recueillement s’installe, rappelant que le Ramadan ne se résume pas à un rite, mais constitue une expérience intérieure intense et très personnelle. Sous les voûtes illuminées, dans l’alignement rigoureux des rangés et la douceur des récitations, se dessine l’image d’une communauté musulmane plurielle unie par une même foi.

Après plusieurs cycles de prière, la soirée touche à sa fin, laissant derrière elle un sentiment profond de quiétude et de sérénité. A la sortie, la fraîcheur nocturne surprend les visages. Dans le calme et l’ordre, les fidèles quittent la mosquée, conscients que la nuit sera courte avant une nouvelle journée de jeûne.

Ainsi, en plein cœur de Bruxelles non loin des institutions européennes, se ferme une parenthèse hors du temps, où la diversité s’efface derrière une quête spirituelle commune.

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