Art et Culture

Salon maghrébin du livre à Oujda : Le commun de l’humanité dans le roman en débat

Dpress

« Un monde sans cartes : le commun dans le roman » a constitué le sujet d’une table ronde organisée, mercredi à Oujda, dans le cadre de la sixième édition du Salon du livre « Lettres du Maghreb ».

Cette rencontre a vu la participation d’une pléiade d’écrivains et d’académiciens de différents pays arabes, qui ont présenté des lectures croisées du parcours de l’écriture dans la région et des interactions mutuelles entre les sociétés.

Les intervenants ont ainsi mis en évidence le rôle que joue le roman en tant que genre littéraire transcendant les frontières pour établir une conscience commune de la réalité, et dépasser les manifestations de conflit pour renforcer les ponts du dialogue et de la coexistence humaine.

A cet égard, le romancier tunisien résidant à Paris, Habib Selmi, a affirmé que la littérature et les arts constituent un levier essentiel pour présenter la véritable image du monde arabe et corriger les stéréotypes véhiculés par certains médias occidentaux.

M. Selmi a expliqué, dans une déclaration à la MAP, que le roman, devenu le genre littéraire le plus lu et le plus capable de façonner la conscience arabe, se distingue par sa capacité à saisir les détails de la vie quotidienne et du moment présent, afin de comprendre les particularités locales de chaque pays et leur intersection avec le commun arabe.

Il a souligné, dans ce sens, la nécessité d’exploiter le riche patrimoine culturel de la région et de le présenter à l’Occident, à travers diverses formes d’art, loin des tensions politiques, considérant que les questions discutées par les participants à la rencontre sont « cruciales » et touchent la quintessence de la présence arabe sur la scène mondiale.

De son côté, la nouvelliste et romancière marocaine, Rabiaa Rihane, a insisté sur le rôle essentiel du roman dans le dépassement des frontières géographiques et la création d’espaces communs pour communiquer avec « l’autre », notant que le roman arabe, par sa beauté artistique et sa singularité, est capable de livrer une vision alternative de la réalité et de surmonter les tentatives de « domestication culturelle ».

Évoquant son expérience dans des œuvres telles que « Tarik Al Gharam » (Chemin de l’amour) et « Hakam Alina Lhawa », elle a souligné son engagement envers les questions contemporaines et sa recherche continue du commun de l’humanité qui garantit le passage de la créativité locale de transcender les frontières.

Elle a également appelé à s’engager sérieusement dans le processus de traduction, que ce soit pour transmettre la créativité arabe exceptionnelle dans d’autres langues, ou pour saisir l’esprit des textes mondiaux provenant de cultures lointaines, afin de confirmer la place du monde arabe en tant qu’acteur actif dans le domaine de la créativité.

Dans ce même contexte, le romancier jordanien, Jihad Al-Rantisi, a considéré que le travail romanesque se transforme en un « laboratoire ouvert » pour réécrire l’histoire quotidienne authentique loin des contraintes.

M. Al-Rantisi a expliqué, dans une déclaration similaire, que la scission entre « l’Orient » et « l’Occident » reste une scission « illusoire » niée par les points communs historiques et réalistes.

Il a encore ajouté que le roman exprime une préoccupation humaine profonde qui permet au lecteur d’interagir avec lui, quelle que soit sa position, estimant que l’art romanesque représente un « moment émotionnel » et peut constituer une « patrie » pour le récepteur dans le contexte de l’ambiguïté de ce concept, ce qui le rend apte à provoquer une interaction émotionnelle et intellectuelle continue.

De son côté, le professeur à la Faculté des langues, des lettres et des arts de Taza, Ibrahim Amri, a affirmé que l’art du roman possède une dynamique continue et une capacité unique à favoriser le rapprochement culturel et à combler le fossé entre les différentes cultures.

L’académicien a mis en avant la nécessité de dépasser la dichotomie illusoire entre l’Orient et l’Occident, indiquant que le roman, en tant que « patrie alternative », offre des réponses aux questions du lecteur et suscite chez lui de nouvelles interrogations.

A travers une programmation riche et variée, le Salon maghrébin du livre, qui se tient jusqu’au 1er novembre autour du thème « Réinventer un monde en commun », réaffirme le rôle de la littérature et de la pensée dans la construction de passerelles de dialogue et de compréhension entre les cultures et les peuples.

Il constitue une occasion privilégiée de renforcer les échanges culturels et intellectuels, tout en consolidant la place du livre comme vecteur de diffusion des savoirs et des cultures.

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