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La stratégie maritime du Maroc passe d’une logique de “potentiel” à une logique d’”appropriation”

Dpress

Le Maroc adopte une nouvelle stratégie maritime qui consiste à passer d’une logique de « potentiel » à une logique d' »appropriation », en faisant de son ouverture sur l’océan Atlantique et la Méditerranée, ainsi que de sa position au cœur du détroit de Gibraltar, des atouts stratégiques, souligne l’ambassadeur de SM le Roi au Brésil, Nabil Adghoghi.

Dans une tribune intitulée « De l’Atlantique Sud au détroit de Gibraltar : l’horizon géopolitique du Maroc », publiée lundi par le média brésilien Diário do Poder, le diplomate explique que, dans le cadre de la nouvelle géoéconomie mondiale, l’objectif est de faire de cet espace maritime un un levier de souveraineté alimentaire, de résilience climatique, de sécurité énergétique, de cohésion territoriale et de projection internationale, notamment vers l’Atlantique Sud.

«C’est précisément cette ambition qui a inspiré les deux initiatives lancées par Sa Majesté le Roi Mohammed VI en faveur des pays du Sahel», écrit M. Adghoghi. Il cite notamment les projets visant à relier le littoral à l’arrière-pays continental, à travers le port de Dakhla-Atlantique et les infrastructures destinées aux pays enclavés, ainsi que le gazoduc Nigeria-Maroc, appelé à renforcer les interconnexions énergétiques en Afrique de l’Ouest.

Cette logique de réseau trouve également une traduction stratégique dans le Processus des États africains atlantiques (PEAA), dont l’objectif est de faire de la façade atlantique, du cap Spartel au cap de Bonne-Espérance, un espace géopolitique «sûr, stable et durable», souligne l’ambassadeur.

«C’est cette même logique qui conduit le Maroc à vouloir jouer, aux côtés du Brésil, un rôle de premier plan dans l’émergence d’une identité stratégique propre à l’Atlantique Sud», poursuit-il, estimant que les expériences respectives des deux pays en matière de politiques maritimes les placent en position d’engager une réflexion prospective sur les défis et les opportunités liés à la lutte contre les menaces systémiques, ainsi que sur le potentiel d’une économie bleue prospère et durable entre l’Afrique et l’Amérique du Sud.

Selon M. Adghoghi, l’appropriation de l’espace maritime marocain repose sur un programme multidimensionnel couvrant l’économie bleue, la délimitation des espaces maritimes, la connectivité, la logistique multimodale et la sécurité maritime, et s’accompagne d’une modernisation des infrastructures portuaires et du développement de corridors multimodaux.

À cet égard, l’ambassadeur met en avant Tanger Med comme une illustration de cette dynamique. Situé dans le détroit de Gibraltar, par lequel transitent 300 navires par jour, cinq fois plus que par le canal de Suez et onze fois plus que par le canal de Panama, le port joue un rôle croissant dans le transbordement maritime international.

M. Adghoghi précise que le complexe traite plus de 12 millions de conteneurs par an et assure des liaisons régulières avec plus de 180 ports dans 70 pays répartis sur les fins de continents.

L’ambassadeur fait savoir que le complexe, qui s’impose comme le premier port d’Afrique et de la Méditerranée, s’appuie sur un écosystème industriel et logistique articulant production, stockage, transbordement et réexportation. Il cite, à titre d’illustration, l’« African Coffee Hub », qui organise la commercialisation du café africain sur les marchés mondiaux.

Plus au sud, M. Adghoghi indique que la stratégie portuaire du Maroc connaîtra un nouvel essor avec le port Dakhla-Atlantique, qui a vocation à s’intégrer à un réseau de corridors routiers et ferroviaires, de plateformes logistiques, de zones industrielles, de postes-frontières et d’infrastructures numériques reliant le Maroc aux quatre pays du Sahel : le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad.

Prévu pour être achevé en 2029, le port Dakhla-Atlantique devrait disposer d’une capacité annuelle de 35 millions de tonnes et de profondeurs pouvant atteindre 80 mètres, permettant d’accueillir certains des plus grands navires de transport de marchandises au monde, mentionne le diplomate.

L’ambassadeur souligne par ailleurs que la stratégie maritime intègre également les enjeux énergétiques. Le Maroc prépare le développement de son offre en hydrogène vert grâce à des infrastructures spécialisées, notamment à Tan-Tan et à Dakhla, tandis que le port Nador West Med devrait devenir un pôle important de l’économie énergétique en Méditerranée, notamment grâce à son terminal de gaz naturel liquéfié.

M. Adghoghi ajoute que l’économie bleue, historiquement structurée autour de secteurs tels que la pêche, le tourisme et les activités portuaires, s’étend désormais à de nouvelles filières à fort potentiel de croissance, notamment l’aquaculture, l’écotourisme, les bioproduits marins et la construction navale, notant que l’aquaculture en particulier compte plus de 244 projets actifs, représentant une capacité de production de 90.000 tonnes par an, alors que le Maroc ambitionne d’atteindre une production annuelle de 200.000 tonnes à l’horizon 2030.

Enfin, l’ambassadeur souligne l’importance de la délimitation des espaces maritimes en tant qu’enjeu de souveraineté, rappelant que le Maroc a engagé en 2017 une procédure visant à étendre son plateau continental au-delà de 200 milles marins, avant d’adopter, en 2020, un cadre juridique relatif à la délimitation de ses eaux territoriales et de sa zone économique exclusive.

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