Art et Culture

La Marocaine Layla Chakir offre au public tunisien un concert imprégné de l’âme de l’Oriental

Dpress

La chanteuse marocaine Layla Chakir, connue sous le nom artistique « The Leila », a offert, jeudi soir à la Cité de culture Chedli Klibi à Tunis, une prestation musicale empreinte d’originalité, mariant avec subtilité le rock’n’roll et les sonorités traditionnelles de l’Oriental marocain.

La Marocaine qui se produit pour la première fois à Tunis dans le cadre de la 11è édition des Journées musicales de Carthage (JMC),  a entraîné le public dans un voyage sonore singulier, où la basse et la guitare électrique se sont mêlées aux rythmes de la reggada et aux mélopées de Arfa, héritées des anciens cheikhs de Bni Iznassen, Berkane, Oujda et Nador.

Tout au long de la soirée, l’artiste a proposé une fusion fluide de deux univers musicaux, qui loin de se heurter, se sont fondés naturellement dans une expression artistique qu’elle avait présentée comme le « rock maghrébin » ou « nord-africain ».

Au cœur de cette alchimie, la voix puissante et expressive de Layla Chakir, qui avait résonné lors du Festival Gnaoua et musiques du monde à Essaouira et de Visa for music, a fait office de trait d’union, notamment en interprétant « Tbal3ou Lbiban » (Les portes se sont fermées), un morceau de son album « Elghit » (clumsiness), sorti en 2023.

Portée par une mélodie mélancolique, cette chanson évoque la douleur d’une mère privée de la présence de son fils. « Gaâ jaw lghiyab … wana wlidi majach » (Tous les absents sont revenus, sauf mon fils), chante The Leila.

Les « Ayi » qui ponctuent certaines phrases rappellent les traditions vocales des anciens cheikhs et les chants du patrimoine de la région, au moment où le rock’n’roll a servi d’écrin d’une mémoire musicale et humaine.

Layla Chakir est passée ensuite de la mélancolie à l’exubérance au gré des rythmes entraînants de la reggada, auxquels le public tunisien n’a pas tardé à répondre.

Les épaules se sont mises à onduler, les pieds à frapper le sol et les applaudissements à accompagner les percussions, dans une ambiance de plus en plus chaleureuse en réaction aux appels « Khmassia! » et « Awed! » (répète), lancés par une artiste à l’aise sur scène.

Vêtue d’une robe blanche sous un pardessus prune foncé, rehaussé de poignets bordeaux, et chaussée de bottines vernies à talons, elle a vibré au rythme des instruments, passant avec naturel du chant à la danse, lançant des youyous et jouant du bendir avec une dextérité manifeste.

La chaleur rythmique est encore montée d’un cran avec « Lalla Ya Lwajdiyya », hymne à sa ville natale Oujda, et sa chanson « Comme si comme ça », suscitant une vive réaction dans la salle du Théâtre des jeunes créateurs.

Le répertoire de la chanteuse a également fait une place aux sonorités de l’ancien raï, notamment à travers « Ana Waghzali Nalaggat f nawwar », une célébration de la pureté des sentiments, de la beauté de la nature et des plaisirs simples de la vie.

Chaleureusement applaudie et accompagnée par les youyous du public, l’artiste marocaine a partagé une identité musicale dans laquelle les racines populaires de l’Oriental ne sont pas reléguées au deuxième plan, mais constituent l’âme de sa création.

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