Art et Culture

A Tunis, Oum chante un Maroc authentique et pluriel

DpressLa chanteuse marocaine Oum, qui s’est produite dimanche soir à Tunis dans le cadre de la 11è édition des Journées musicales de Carthage, a interprété un répertoire incarnant les multiples sonorités d’un Maroc authentique et pluriel.

De la aïta à la dakka marrakchia, du melhoun aux rythmes du Moyen Atlas, la « tant attendue » Oum a transporté le public tunisien dans un voyage musical au Maroc, où les territoires, les rythmes et les traditions s’entremêlent sans perdre leur singularité.

Pieds nus et vêtue d’une robe et d’un ruban mauves, l’artiste marocaine a fait son entrée sur scène, précédée par un musicien au bendir et un autre jouant à la trompette. « Nhabbouk barcha » (nous t’aimons beaucoup), ont lancé les spectateurs, rappelant à Oum les dates de ses derniers spectacles à Hammamet (2024) et à Tunis (2015).

Pour ce nouveau rendez-vous, la chanteuse a présenté « Dialddar » (de la maison), un projet qu’elle a présenté au public comme un album pour « la mémoire, les souvenirs, l’enfance, ainsi que les anecdotes familiales et intimes ».

Cette mémoire a commencé par « A.B », un morceau qui rend hommage à son père Abderrahim Benessahraoui, exprimant le respect au sanctuaire familial, aux racines, à la transmission et à l’identité.

Dans cet album, qualifié d' »audacieux » et d »unique » par la presse tunisienne, l’autrice-compositrice-interprète marocaine a chanté « Lach » (pourquoi), explorant la séparation et cette tension émotionnelle entre l’attachement et le lâcher-prise.

Entourée de Yacir Rami au oud, Camille Passeri à la trompette, Amar Chaoui aux percussions et à la batterie, ainsi que de la choriste Aida Benslimane, Oum a fait dialoguer les instruments traditionnels avec la soul, le jazz et des influences sahariennes.

Puis est venu « Awan » (moment venu), porté par un rythme traditionnel rappelant le melhoun, auquel le public a répondu par une salve d’applaudissements.

Avec « Flstyn » (Palestine), interprétée sur un rythme inspiré du Moyen Atlas, le voyage musical a trouvé un écho immédiat auprès du public tunisien, attentif aux inflexions d’une chanson où une cause arabe rencontre une couleur musicale puisée dans le patrimoine marocain.

Lors de son passage sur la scène du Théâtre de l’Opéra de Tunis, décrit comme un « événement musical intense », Oum a chanté “Anawyyak » (moi et toi) avec des images projetées sur un grand écran montrant une palmeraie, une porte en bois sculpté, le drapeau marocain, un tapis, un luth et des lanternes, composant un Maroc fait de paysages, de symboles et de mémoire.

Pour briser la tonalité mélancolique de plusieurs morceaux, la chanteuse a proposé « Hakka » (comme ça), invitant le public à danser. La salle a réagi positivement et une jeune femme vêtue d’un caftan marocain s’est levée, esquissant quelques pas.

Le mouvement s’est poursuivi avec « Lalla » (grand-mère), morceau joyeux et entraînant porté par la dakka marrakchia, accompagné de claquements de mains et transformant pour quelques instants la salle de spectacle en espace de célébration collective.

Avec « Mnin » (d’où), traversé par un clin d’œil évident à la défunte Hajja Hamdaouia, le morceau a plongé le Théâtre de l’Opéra dans l’univers direct, populaire et fier de la Aïta.

Vers la fin du concert, chanteuse et musiciens se sont assis pour interpréter « Lmizane », dans une atmosphère qui a pris progressivement les couleurs de la révérence.

Dans un geste inattendu, l’artiste a décidé de dédier une chanson à une jeune femme enceinte, rencontrée avant le spectacle à l’extérieur de la salle.

Ce geste a créé un moment de proximité avec un public curieux, rappelant l’un des fils conducteurs de « dialddar »: l’intime, la transmission et la vie, avant de chanter “lik” (pour toi), réclamé depuis le début de la soirée.

La chanteuse a réussi à entrelacer des genres musicaux en apparence opposés, racontant en dialecte marocain un Maroc pluriel dont les rythmes trouvent un écho au-delà de ses frontières.

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