Art et Culture

Es-Semara : les gravures rupestres, témoins millénaires des civilisations du Sahara marocain

Dpress

La province d’Es-Semara recèle un patrimoine archéologique exceptionnel qui témoigne de la présence humaine dans cette région depuis la Préhistoire. Gravures rupestres, peintures pariétales, outils en pierre et monuments funéraires constituent autant de traces matérielles des populations qui se sont succédé dans cette partie du Sahara marocain au fil des millénaires.

Réputée pour la richesse de son héritage culturel, la province compte parmi les principaux foyers de l’art rupestre au Royaume. Le bassin de Saguia El Hamra abrite ainsi de nombreux sites archéologiques d’une grande importance pour l’étude des civilisations anciennes en Afrique du Nord.

Certaines découvertes remontent au Paléolithique inférieur, notamment à travers l’industrie lithique, tandis que les témoignages archéologiques se poursuivent jusqu’au Néolithique. Ces vestiges offrent aux chercheurs de précieux éléments pour reconstituer les modes de vie, les croyances, les activités économiques et les relations que les populations préhistoriques entretenaient avec leur environnement.

Datées pour certaines entre 8.000 et 4.000 ans avant notre ère, les gravures et peintures rupestres constituent l’une des plus anciennes formes de mémoire collective, antérieure à l’apparition de l’écriture. Elles représentent aujourd’hui un important levier de valorisation culturelle et touristique pour la région de Laâyoune-Sakia El Hamra.

Plusieurs campagnes d’inventaire ont permis de recenser de nouveaux sites archéologiques ces dernières années. Toutefois, les spécialistes estiment que le potentiel patrimonial de la région demeure largement sous-exploré, faute d’opérations de prospection exhaustives comparables à celles réalisées dans d’autres régions du Royaume.

Dans une déclaration à la MAP, l’inspecteur des monuments et des sites historiques à la Direction régionale de la culture de Laâyoune-Sakia El Hamra, Abdelilah Ouguenane, a indiqué que 22 sites de gravures et de peintures rupestres ainsi que le monument historique Dar Haouza ont été inscrits sur la liste du patrimoine national.

Il a ajouté que des dossiers techniques concernant six nouveaux sites ont été élaborés en vue de leur classement, précisant que plusieurs actions de valorisation ont également été entreprises, notamment la création de quatre conservations de sites archéologiques, la restauration de Dar Haouza ainsi que l’organisation d’activités culturelles et de visites pédagogiques destinées aux élèves, étudiants et chercheurs.

Pour sa part, le représentant du centre national du patrimoine rupestre et conservateur à la Direction provinciale de la culture d’Es-Semara, Baiba Mohamed Mouloud, a souligné que ce patrimoine constitue un lien vivant entre le passé et le présent, tout en reflétant l’identité culturelle de la région.

La province compte aujourd’hui plus de 175 sites de gravures rupestres et 25 sites de peintures rupestres, a précisé M. Baiba, également président de l’Association Mirane.

Selon lui, ces œuvres révèlent les grandes mutations qu’ont connues les sociétés anciennes, depuis les activités de chasse jusqu’au pastoralisme et au nomadisme. Elles illustrent les différentes étapes de l’occupation humaine du Sahara et renseignent sur les modes d’adaptation des populations à leur environnement.

Les gravures se distinguent souvent par des formes géométriques simplifiées et des motifs angulaires caractéristiques. Au-delà de leur dimension artistique, elles constituent de véritables archives permettant d’appréhender l’histoire, l’anthropologie, les techniques, l’économie et les croyances des populations qui ont habité cette région.

L’art rupestre local se compose principalement de gravures réalisées par incision ou polissage et de peintures exécutées directement sur les parois rocheuses. Plus fragiles, ces dernières demeurent particulièrement exposées aux effets de l’érosion et aux dégradations humaines, bien qu’elles présentent un intérêt scientifique majeur grâce aux possibilités de datation offertes par les pigments organiques qu’elles contiennent parfois.

Parmi les principaux sites de peintures rupestres figure notamment celui de Farsia. À cet ensemble s’ajoutent les monuments funéraires préislamiques, notamment les tumulus, qui constituent une autre facette du patrimoine archéologique de la province et témoignent des pratiques mortuaires des populations anciennes du Sahara marocain.

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