IA et emploi: M. Sekkouri plaide à Genève pour un encadrement politique par le dialogue social

Dpress
Le ministre de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, Younes Sekkouri, a appelé, lundi à Genève, à placer le débat sur l’intelligence artificielle (IA) sous un angle résolument politique, estimant que « ce qui manque, ce n’est pas ce que l’IA va apporter mais ce que les responsables politiques feront pour encadrer son impact », notamment à travers le dialogue social.
Dans son intervention lors du débat général de la 114e session de la Conférence internationale du Travail (CIT), M. Sekkouri a salué le rapport du directeur général de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) sur l’avenir du travail, soulignant qu’à l’heure où « le monde entier vit déjà avec l’IA », la véritable ligne de fracture ne se situe pas entre progrès et déclin, mais dans la capacité des sociétés à organiser un cadre collectif de décision.
Critiquant l’opposition entre « déclinistes », qui redoutent « le pire avenir pour l’humanité », et « accélérationnistes », qui promeuvent le progrès « en oubliant parfois que la technologie peut nuire aux sociétés », il a appelé à « sortir ce débat du corridor étroit de la technologie pour le déplacer vers la politique ».
Selon lui, l’IA illustre un « piège technologique » inédit, car contrairement à des innovations passées, elle suscite immédiatement la crainte de « destruction d’emplois », rendant le débat « très difficile ».
Dans ce contexte, le ministre a insisté sur le rôle clé du dialogue social, estimant qu’il permet de « réduire les écarts, atténuer les risques et faire décider ensemble ». À défaut, lorsqu’il n’existe pas de dialogue social, a-t-il averti « l’IA ne peut pas devenir une priorité », notamment dans des environnements où les questions fondamentales comme les salaires ou les conditions de travail ne sont pas réglées.
Le ministre a assuré que « l’IA est importante, mais les humains le sont davantage », appelant à consolider les bases solides que constituent la confiance et le dialogue démocratique.
Il a saisi l’occasion pour appeler à plus de transparence et à une discussion internationale incluant les acteurs majeurs de l’IA, qu’elle soit « générative, agentique ou demain robotique », afin de garantir que son développement serve avant tout les sociétés.
Par ailleurs, M. Sekkouri a passé en revue les réalisations du gouvernement dans le domaine social, notant qu’un dialogue social national « ambitieux » a été lancé ces dernières années, mobilisant 50 milliards de dirhams et permettant d’augmenter les salaires de « plus de 4,25 millions de Marocains ».
Ce processus a également permis de traiter des dossiers structurants, du salaire minimum aux crises dans des secteurs clés comme l’éducation et la santé, contribuant à instaurer « un minimum de confiance » entre gouvernement, employeurs et syndicats, a-t-il dit.
« Nous ne sommes pas d’accord sur tout, mais la démocratie triomphe parce qu’il y a débat », a-t-il affirmé, soulignant que ce cadre a permis de résoudre des mouvements sociaux majeurs en quelques semaines.
Le Maroc est représenté à cette 114ème session de l’OIT (1-12 juin) par une forte délégation tripartite, conduite par M. Sekkouri et comprenant des représentants du gouvernement, des employés et des employeurs, en plus de la Mission permanente du Maroc à Genève.



