Laâyoune-Sakia El Hamra: l’agriculture biosaline, une alternative tolérante à la salinité et à la sécheresse

Dpress
Les agriculteurs des régions du Sud du Royaume, en particulier de la région Laâyoune-Sakia El Hamra, ont recouru ces dernières années à des cultures alternatives tolérantes à la salinité et à la sécheresse, principalement destinées à la production fourragère.
Rareté des ressources en eau et des pâturages, forte salinité des sols et des eaux souterraines, sécheresse chronique, faible fertilité, vents forts et chaleurs extrêmes, autant de contraintes qui compromettent le développement optimal des cultures.
Pour faire face à ces enjeux, l’adoption de systèmes agricoles alternatifs et résilients s’impose. Il s’agit de promouvoir des cultures tolérantes aux stress abiotiques, associées à des pratiques adaptées.
C’est dans cette perspective que l’Institut africain de recherche en agriculture durable (ASARI) de Laâyoune, relevant de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), en partenariat avec la Fondation Phosboucraa, a apporté son soutien à différents projets visant à promouvoir des cultures alternatives tolérantes à la salinité et à la sécheresse.
À cet effet, ASARI a vulgarisé les résultats issus des travaux de recherche au profit des agriculteurs et des coopératives, leur permettant d’acquérir les compétences nécessaires à l’adoption des meilleures pratiques en matière d’agriculture biosaline.
À la suite des résultats prometteurs d’un projet pilote sur les cultures alternatives mené à Foum El Oued en 2016, un nouveau programme d’upscaling des cultures à fort potentiel a été récemment déployé dans les provinces de Boujdour, Tarfaya, Bir Anzarane et Boucraa, avec pour objectifs d’évaluer, d’optimiser et de promouvoir les cultures alternatives adaptées aux conditions extrêmes de salinité et de sécheresse.
Cette opération vise également à assurer la durabilité des systèmes de production et à analyser la composition biochimique des plantes, en vue d’une utilisation rationnelle du fourrage.
Parmi les cultures phares ayant fait l’objet de recherches et contribué à transformer le profil de production du périmètre de Foum El Oued à Laâyoune figurent le Blue Panicum, une graminée fourragère riche en protéines, le Sesbania, une plante légumineuse également utilisée comme fourrage, ainsi que le quinoa.
Dans une déclaration à la MAP, Abdelaziz Hirich, chercheur à ASARI, a souligné qu’au cours des cinq dernières années, l’Institut a introduit et testé une dizaine de cultures résilientes, notamment le blue panicum, le quinoa, le sesbania, le triticale et d’autres espèces , précisant que ces variétés ont d’abord été évaluées dans des conditions contrôlées avant d’être validées sur des parcelles exploitées par des agriculteurs partenaires.
“Ces cultures lorsqu’elles sont accompagnées de pratiques agronomiques adaptées, permettent d’obtenir des rendements importants et s’avèrent économiquement rentables”, a expliqué M. Hirich.
Aujourd’hui, le succès est tangible, s’est-t-il félicité, soulignant que plusieurs exploitations des provinces du Sud, en particulier dans le périmètre de Foum El Oued à Laâyoune, ont adopté le blue panicum comme fourrage alternatif de choix. Résistante à la salinité et à la sécheresse, cette culture offre un rendement élevé tout en réduisant la dépendance aux importations.
Même constat pour Mohamed Lamine Bakkada, agriculteur et membre de la coopérative Sakia El Hamra dans le périmètre de Foum El Oued, qui a opté pour la culture du Blue Panicum en l’intégrant à son système fourrager. “Aujourd’hui, je cultive neuf hectares grâce aux semences issues des expérimentations menées par les chercheurs d’ASARI à travers les plateformes de démonstration installées sur place”.
Cette plante fourragère, tolérante à la salinité et à la sécheresse et destinée à l’alimentation animale, s’avère rentable pour les agriculteurs, avec une production pouvant atteindre 70 tonnes à l’hectare, a précisé M. Bakkada.
“Le Blue Panicum présente une valeur fourragère supérieure à celle d’autres cultures fourragères alternatives, pouvant atteindre 17 % de protéines, ce qui est bénéfique notamment pour les éleveurs de vaches laitières”, a-t-il fait savoir.
En outre, l’agriculteur a indiqué que cette plante fourragère peut être récoltée plusieurs fois par an (environ tous les 40 jours), ce qui permet de maximiser à la fois le rendement et la qualité nutritionnelle.
En somme, ces cultures résistantes apportent des réponses concrètes à la pression croissante exercée sur les ressources en eau d’irrigation dans les zones arides, notamment celles aggravées par le phénomène de salinisation, et permettent ainsi aux agriculteurs de mieux anticiper les défis à venir.
Par ailleurs, ASARI continue d’innover afin de transformer les défis des régions du Sud en opportunités agricoles durables, au bénéfice des éleveurs, des agriculteurs et de la sécurité alimentaire, tant au niveau national que continental, face aux changements climatiques.



