La musique de chambre chez elle à la Cité des Alizés, ou la “magie souirie” érigée en réalité

Dpress
Il existe des festivals plus grands, plus médiatisés, parfois mieux dotés en moyens logistiques. Mais peu, sinon aucun, parviennent à reproduire ce que le “Printemps Musical des Alizés” réussit à faire année après année à Essaouira.
En soufflant sa 22e bougie, le festival n’est plus seulement une manifestation artistique unique et prestigieuse. Il est devenu une référence qui incarne cette “magie souirie”, désormais bien réelle. Une réalité exceptionnelle, mais tangible et pleinement assumée.
Cette singularité saute aux yeux dès que l’on aperçoit la queue interminable devant Dar Souiri et Bayt Dakira, où convergent des mélomanes avertis, des fidèles du festival, mais aussi des visiteurs curieux, Marocains et étrangers, dont certains parcourent des centaines de kilomètres pour venir s’imprégner de cette atmosphère qu’on ne trouve nulle part ailleurs.
Ce qui frappe, au-delà de la qualité des concerts, c’est cette fidélité du public et cette capacité à remplir les salles de 10 h du matin jusqu’à minuit et au-delà. Car si d’autres festivals de musique de chambre, plus imposants, existent ailleurs. Au Maroc, et dans l’intimité du cadre immersif de la Cité des Alizés, quelque chose d’autre se joue !
Ici, la musique est livrée autrement. Elle circule librement entre artistes et public, loin des codes traditionnels d’un concert de musique, comme si les frontières habituelles entre scène et salle s’effaçaient. C’est peut-être là que réside l’unicité de ce festival, qui a réussi, au fil de ses 22 ans, à rendre tangible ce que l’on qualifierait ailleurs de “rêve”.
Mais ce “rêve” ne doit rien au hasard. Il est le fruit d’un partenariat de la nouvelle génération entre l’Association Essaouira-Mogador et la Fondation Ténor pour la Culture, qui ont réussi à faire de ce projet, autrefois accueilli avec scepticisme et interrogations, une réalité totalement légitime. Une réalité d’un Maroc où la culture ne se consomme pas, mais se vit, naturellement, sans effort ni artifice.
Au cœur de cette dynamique, la transmission et la mise en lumière des jeunes talents occupent aussi une place essentielle. Le parcours de Dina Bensaid en est l’illustration la plus éloquente. À 12 ans, elle se produisait déjà sur cette scène. Aujourd’hui, elle en est la directrice artistique. Entre ces deux moments, il y a l’histoire d’un festival qui donne toutes les chances aux générations montantes.
Cette capacité à rendre accessible ce qui est souvent perçu comme exigeant constitue l’une des grandes forces du festival. Les 12 concerts gratuits proposés lors de cette 22e édition (30 avril-3 mai), rehaussés par la présence notamment du Conseiller de SM le Roi et Président Fondateur de l’Association Essaouira-Mogador, M. André Azoulay et d’éminentes personnalités de divers horizons, illustrent un choix clair, celui de démocratiser la musique de chambre et de la faire sortir de ses cercles “élitistes” pour l’ancrer dans une dynamique de partage ouverte à tous.
Quatre jours durant, cette édition, qualifiée par plusieurs fidèles du festival d’”édition d’anthologie”, fera sûrement date. Elle témoigne de 22 ans d’engagement et incarne une projection résolument tournée vers l’avenir, confirmant ainsi la maturité d’un rendez-vous musical qui a su grandir sans perdre son ADN.
Une ouverture qui se reflète également dans la diversité du public et des artistes, venus de différents horizons, mais aussi dans l’adhésion accrue des habitants d’Essaouira, toutes générations confondues, à cette forme d’expression artistique longtemps perçue comme réservée à un cercle restreint.
Des visiteurs, du Maroc et d’ailleurs, ont, dans cette lignée, salué “l’atmosphère singulière” qui règne lors de ce festival “hors pair”, mettant en avant une expérience qui dépasse le simple cadre musical.
Nombre d’entre eux ont souligné, dans des déclarations à la MAP, la qualité de l’organisation, la proximité avec les artistes ainsi que la diversité des concerts proposés, autant d’éléments qui contribuent à faire du “Printemps Musical des Alizés” un rendez-vous à part.
Ce que montre en fait cette 22e édition, c’est un peu l’évidence. A Essaouira, toutes les musiques et cultures sont chez elles. Elles ne coexistent pas seulement, elles dialoguent, elles se répondent et elles s’inscrivent dans une réalité profondément marocaine.
Et c’est peut-être ici, finalement, que se joue la grande force du “Printemps Musical des Alizés”, dans cette capacité rare à faire d’un idéal une réalité durable.


