Bâtisseuse dans l’âme, Zineb Hatim promeut la création de ponts « humains » entre le Maroc et la France

Dpress
De grands chantiers de bâtiment et non des moindres ont révélé les talents d’une manager hors-pair : Zineb Hatim, l’un des visages de la réussite au féminin de la diaspora marocaine de France. Sa contribution en tant qu’ingénieure cheffe de projet aux travaux de restauration de l’institution militaire des Invalides, l’un des monuments emblématiques de la capitale française, en est l’exemple le plus saillant.
A 33 ans, Zineb n’en est pas moins fière. Elle continue à « rêver grand » et à se donner les moyens de réaliser ses ambitions. Mais, elle tient aussi à donner un équilibre à sa vie en tant que Marocaine du monde, riche de sa double culture, avec toujours comme mot d’ordre « construire ». Là c’est sa passion qui prend le dessus, celle de bâtir des ponts « humains » entre le Maroc et la France.
Déjà au cœur de son action comme présidente de l’association « Maroc Entrepreneurs », l’un des plus grands réseaux de compétences marocaines d’Europe, avec pour vocation de contribuer au développement socio-économique du Royaume, cet engagement, mu autant par « le lien du cœur » que l’attachement à la mère-patrie, vient de franchir un nouveau cap avec la décision de Zineb Hatim de rejoindre l’écosystème de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) au sein de son antenne européenne en France. Elle y dirige le pôle « Ponts et Talents ».
Sa mission : créer des passerelles entre les diasporas marocaines et africaines et les projets portés par l’université. Il s’agit de favoriser la circulation des savoirs, encourager la contribution à distance, rappeler qu’il n’est pas nécessaire de s’installer au Maroc pour participer à son développement, énumère-t-elle entre autres.
« Avant, je bâtissais de vrais ponts. Aujourd’hui, je bâtis des ponts humains. Des ponts d’excellence, de coopération, de talents, entre deux pays qui m’ont beaucoup donné et qui ont fait de moi la femme que je suis », confie au micro de la MAP l’ingénieure marocaine.
L’appel du cœur était si puissant pour ne pas y répondre, assure-t-elle.
Il faut dire qu’il n’était pas évident pour cette énarque (diplômée de la prestigieuse Ecole nationale d’administration-ENA à Paris) de quitter son ancien poste sous statut militaire (2021-2025) àl’Institution nationale des Invalides (INI) où elle dirigeait une phase majeure du chantier de restauration de ce lieu chargé d’histoire, engagé depuis 2012 et prévu jusqu’en 2030.
Zineb a les yeux qui pétillent quand elle évoque cette étape phare de sa carrière, se disant honorée de se voir confier par l’armée française le privilège de contribuer à ce projet d’autant plus qu’il s’agit de « la restauration d’un monument historique ».
«Ce n’est pas juste restaurer des murs, c’est restaurer une histoire ! », insiste-t-elle.
Depuis plus de trois siècles, l’INI fait office de maison de retraite pour grands blessés de guerre, des anciens combattants, mais aussi des civils grièvement blessés.
Sous le dôme doré des Invalides, Zineb découvre « l’esprit de corps », « le sens du collectif » et « le service de la nation ». Elle participe notamment à la livraison du premier hôpital post-traumatique d’Europe, inauguré en décembre dernier par Mme Brigitte Macron.
Invitée à l’inauguration malgré son départ quelques mois plus tôt, elle y voit une reconnaissance et un attachement réciproque. « J’étais chez moi aux Invalides. Je le serai toujours», dit-elle.
Originaire d’Oujda, Zineb Hatim était arrivée en France en 2009 pour poursuivre son parcours brillant classes préparatoires – école d’ingénieur, avant de faire ses premiers pas dans le secteur du bâtiment, « univers encore largement masculin », relève-t-elle.
Jeune ingénieure à la tête d’équipes plus expérimentées, elle apprend vite. « J’ai appris le savoir-faire, mais surtout le savoir-être », affirme celle qui a su trouver sa place, imposer son style de management, gagner la légitimité sans la revendiquer dans cette « école d’exigence et d’humilité ».
Après plusieurs années dans de grands groupes, une expérience d’expatriation aux Émirats, et des projets d’envergure, elle table sur sa nouvelle mission à l’UM6P pour continuer à créer de l’impact, au-delà de la performance économique, en focalisant sur l’humain.
À l’occasion du 8 mars, son message aux femmes est limpide : « Rêvez grand».
Sa conviction : il n’y a pas de métiers d’hommes ou de femmes, seulement des métiers pour des personnes compétentes. Astronaute, médecin, ingénieure ou entrepreneure, tout est possible à condition de chercher l’excellence et de croire en soi.
En ce qui la concerne, elle n’a jamais planifié les étapes de son parcours. Elle a saisi les opportunités, fait confiance à son instinct, accepté de ne pas tout maîtriser. « Parfois, il faut juste se laisser aller et croire que si quelque chose arrive, c’est qu’il y a une bonne raison. », conclut-elle.



