Art et Culture

Soundouss Chraïbi signe son premier roman “Le soleil se lève deux fois”, un huis clos féminin entre revisite du passé et désir de transmission

Dpress

Nostalgique de souvenirs d’enfance dans son Tanger natal et mue par le désire de transmission, la jeune écrivaine Soundouss Chraïbi signe son premier roman “Le soleil se lève deux fois”, un huis clos féminin intergénérationnel pour faire revivre une mémoire familiale en perdition, faisant une entrée remarquée sur la scène littéraire en France.

Le roman, paru la semaine dernière aux éditions Gallimard, a été présenté jeudi soir lors d’une rencontre-dédicace avec l’auteure organisée au siège de l’ambassade du Maroc à Paris, en présence de l’ambassadeure de Sa Majesté le Roi en France, Samira Sitaïl, et de nombreuses figures du monde des lettres et de la culture.

Mme Sitaïl a salué, à cette occasion, “l’émergence d’une nouvelle voix prometteuse” avec Soundouss Chraïbi dont le premier roman, à peine publié, marque “une entrée importante” sur la scène littéraire.

Déjà sélectionné pour le Prix Ouest-France Étonnants Voyageurs 2026 (décerné par un jury de jeunes lecteurs âgés de 15 à 20 ans) et classé parmi les dix meilleurs premiers romans de la rentrée d’hiver par Vogue France, l’ouvrage se distingue, a-t-elle précisé, par “une très grande finesse” et “un sens du récit remarquablement déployé”.

“+Le soleil se lève deux fois+ nous transporte à Tanger, au cœur d’une maison familiale où se croisent trois générations de femmes. Dans ce huis clos féminin, Soundouss Chraïbi explore avec délicatesse les liens maternels, la sororité, la quête de soi et la maison comme un personnage à part entière”, a relevé Mme Sitaïl.

“C’est une histoire qui se passe à Tanger, dans une maison familiale. Tout le roman raconte les relations entre les femmes de cette maison”, a détaillé l’écrivaine lors de sa présentation de la fiction, ponctuée de lectures d’extraits du roman et d’échanges avec l’audience.

Elle évoque “un récit intime” où la narration, a-t-elle dit, est portée par Layal, la petite-fille, témoin du face-à-face entre sa mère Faïza et sa tante Malak, alors que plane la question du devenir de la demeure après la disparition de la grand-mère.

Quand elle apprend que sa grand-mère, la flamboyante Mama Abla, est mourante, Layal va s’installer chez elle à Tanger, dans la demeure où elle a grandi, pour la veiller jusqu’à sa mort, avec sa mère et sa tante.

Face au deuil à venir, la jeune femme s’interroge sur ses souvenirs d’enfance et son incapacité à exister en dehors de ces murs, qui prennent vie et semblent lui répondre. À la veille de sa mort, Mama Abla lui fait promettre d’empêcher coûte que coûte que la maison ne soit vendue…, selon le résumé de l’éditeur, qui évoque “un huis clos féminin hanté par un secret” où Soundouss Chraïbi explore “les dessous d’une société patriarcale” et rend hommage à “toutes les femmes, mortes et oubliées, dont les voeux n’ont jamais été respectés”.

Revenant sur la genèse et les choix narratifs du roman, Soundouss Chraïbi a indiqué que l’intrigue, entièrement déployée dans l’espace clos de la maison familiale, relève d’un huis clos assumé.

“On sort très peu de la maison, et même quand on n’y est pas, on y revient sans cesse par le souvenir”, a-t-elle souligné. Ce dispositif littéraire, loin d’être un enfermement subi, constitue à ses yeux un choix narratif fort, la maison s’étant imposée à elle “presque comme une évidence” et pensée comme “un personnage à part entière”.

Chaque chapitre correspond à une pièce — la chambre des filles, le patio, le jardin — traduisant la volonté de faire de l’architecture même de la maison l’ossature du récit. “C’est un lieu où l’on se construit, un espace discret, où l’on ne fait pas trop de bruit, mais qui nous détermine entièrement”, a expliqué la romancière qui avoue s’être directement inspirée de la maison de sa propre grand-mère à Tanger, aujourd’hui disparue, mais qu’elle a recréée par la fiction “en fermant les yeux”.

Interrogée sur la place centrale accordée aux liens entre sœurs — Malak et Faïza dans le roman — et sur la dédicace adressée à sa propre sœur, Soundouss Chraïbi a affirmé que “la sororité est l’une des plus belles forces qui soient”. Ces relations, a-t-elle dit, sont fondatrices : “On se construit avec ses sœurs, parfois avec, parfois contre, mais toujours dans un rapport structurant”. Elle regrette que ces liens aussi puissants que complexes aient longtemps été relégués au second plan dans la littérature.

Sans chercher à éviter à tout prix le stéréotype dans la représentation de la femme marocaine, qui reviendrait à s’interdire selon elle de raconter certaines vérités puisqu’”un cliché est d’abord une réalité”, elle opère dans son roman un renversement, mettant en scène, sous des apparences patriarcales, des femmes “puissantes, stratèges, maîtresses de leurs choix”.

Mama Abla, figure centrale, incarne cette complexité : femme ayant évolué dans une société traditionnelle, elle n’en demeure pas moins souveraine dans son espace, fixant ses propres règles.

À travers les trajectoires contrastées de Malak et Faïza, l’auteure défend l’idée qu’”il n’y a pas une seule façon d’être libre”. Le véritable enjeu, a-t-elle insisté, réside dans le choix : “Être du côté des femmes, c’est leur donner le pouvoir de choisir ce qu’elles veulent pour elles-mêmes”.

Par ailleurs, son descriptif de la vie au sein de l’espace où évoluent les trois protagonistes fait la part belle au caftan et aux bijoux, symbole de l’élégance de la femme marocaine et du savoir-faire national depuis des siècles. Fière de ses origines et des traditions ancestrales du Maroc, riche de sa diversité, l’écrivaine inscrit sa démarche dans un souci de contribuer à transmettre et préserver cet héritage et patrimoine vivant, legs de nos ancêtres, se félicitant à cet égard de l’inscription du caftan marocain au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco.

Évoquant la culture comme pont de rapprochement entre le Maroc et la France, Soundouss Chraïbi, qui vit entre les deux pays, a mis en avant “un potentiel immense” nourri par les circulations humaines et les récits partagés.

Née en 2000, Soundouss Chraïbi a fait des études de littératures à l’Université de la Sorbonne à Paris, avant de décrocher un master de politique culturelle à Science Po. Elle a découvert sa passion pour l’écriture grâce à son expérience de journaliste en charge de la rubrique littéraire au magazine TelQuel.

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