Feuille de route 2030: Interview avec le DG de l’ADD, Amine El Mezouaghi

Dpress
Le nouveau directeur général de l’Agence de développement du digital (ADD), Amine El Mezouaghi, a accordé une interview à la MAP, dans laquelle il revient sur la nouvelle feuille de route de l’Agence à l’horizon 2030 et les actions mises en œuvre pour réduire la fracture numérique et promouvoir l’innovation.
– Vous avez été nommé récemment à la tête de l’Agence de Développement du Digital. Quelles sont vos priorités immédiates ?
Cette responsabilité est assumée avec une profonde gratitude et un sens élevé de responsabilité. Je mesure pleinement l’honneur qui m’est fait, par Sa Majesté le Roi Mohammed VI que Dieu l’Assiste à travers cette nomination, mais aussi l’ampleur des défis qui nous attendent, dans un contexte où le numérique n’est plus une option, mais un impératif national.
Le digital, dans toutes ses dimensions constitue aujourd’hui un levier stratégique au service de la souveraineté, de l’inclusion sociale et de la compétitivité économique.
Je suis convaincu que la transformation digitale ne saurait être réussie que si elle est inclusive. C’est dans cet esprit d’ouverture, de pragmatisme et d’engagement au service de l’intérêt général que se déploie l’action de l’Agence, en coordination étroite avec le Ministère de tutelle et l’ensemble des acteurs de l’écosystème numérique national.
Cette orientation stratégique s’est traduite, sur le plan de la gouvernance, par la nouvelle feuille de route de l’Agence à l’horizon 2030, en alignement avec la stratégie nationale “Maroc Digital 2030”.
Cette feuille de route stratégique a permis d’identifier un ensemble de projets prioritaires structurants, appelés à constituer des leviers majeurs d’accélération de la transformation digitale nationale.
Ainsi, l’Agence ambitionne de devenir une institution de référence, engagée dans le déploiement des stratégies nationales de transformation digitale souveraine et de confiance, fondée sur l’exigence d’excellence, la mobilisation des écosystèmes et des parties prenantes, et orientée vers la proposition de solutions innovantes à fort impact.
Dans ce contexte à forts enjeux, les priorités immédiates de l’Agence s’articulent autour de trois axes structurants.
Le premier axe concerne le renforcement de la gouvernance et la mobilisation des parties prenantes, afin de garantir une coordination opérationnelle accrue entre l’ensemble des acteurs concernés publics et privés, et d’assurer la cohérence, la convergence et l’efficacité des initiatives engagées.
Le deuxième axe porte sur l’accélération des projets à fort impact, notamment ceux visant l’amélioration concrète de la relation entre l’administration et l’usager – citoyen comme entreprise. Il s’agit d’apporter des réponses claires, mesurables et tangibles aux attentes des usagers, tout en posant les fondements d’une transformation structurelle et durable.
Enfin, le troisième axe est consacré au renforcement des dispositifs institutionnels internes et des actions transverses, indispensables à la consolidation de la performance de l’Agence. Il couvre notamment la mise en place et le déploiement des instruments de gouvernance interne ainsi que le développement des systèmes de management de la qualité, de promotion de l’intégrité et de la transparence, et consolidation d’une culture d’éthique et de responsabilité.
Il inclut également la refonte de l’organisation de l’Agence, la revalorisation du statut du personnel, ainsi que la création d’antennes régionales, conformément aux dispositions de la loi n° 61-16 portant création de l’Agence.
– Quels sont les principaux aspects de la nouvelle feuille de route ?
Destinée à accompagner la transformation digitale nationale de manière cohérente, inclusive et durable, la nouvelle feuille de route de l’ADD repose sur cinq objectifs structurants, conçus comme des piliers complémentaires et indissociables, constituant un cadre stratégique de référence pour l’action de l’Agence.
Le premier objectif porte sur la digitalisation des services publics. Il vise à accompagner les administrations et les établissements publics dans la conception et le déploiement de services numériques plus accessibles, plus performants et davantage centrés sur l’usager, notamment à travers la contribution à la revisite et la simplification des parcours administratifs, l’amélioration de la qualité des services rendus et le renforcement de la confiance dans l’administration digitale.
Le deuxième objectif concerne la promotion de l’innovation et de l’économie numérique. Il vise à soutenir l’émergence de solutions innovantes, à encourager l’entrepreneuriat digital et à accompagner le renforcement de l’écosystème national de l’innovation, en privilégiant les partenariats, l’expérimentation et l’accompagnement des startups et porteurs de projets à fort potentiel.
Le troisième objectif est dédié à l’adoption et à l’appropriation des outils numériques par les citoyens, les entreprises et les administrations. Il vise à renforcer les compétences digitales et à favoriser une transformation effective des méthodes et des pratiques, au-delà de la seule dimension technique ou technologique.
Le quatrième objectif porte sur la réduction de la fracture numérique. Il traduit la volonté de garantir une transformation digitale inclusive, équitable et territorialisée, en veillant à ce qu’aucune catégorie sociale ni aucun territoire ne soit laissé en marge, notamment les zones rurales, les populations vulnérables et les petites et moyennes entreprises.
Enfin, le cinquième objectif concerne l’excellence, l’exemplarité, la performance et la gouvernance institutionnelle de l’Agence. Il vise à renforcer les standards de gestion, de pilotage et d’évaluation, afin de garantir une mise en œuvre efficace, transparente et mesurable de l’ensemble des projets inscrits dans cette feuille de route.
À travers cette approche intégrée, la nouvelle feuille de route de l’ADD ambitionne de positionner l’Agence comme un acteur essentiel au service d’un digital moteur durable de développement, de cohésion sociale et de compétitivité pour le Royaume.
– Quels sont les projets prioritaires de cette feuille de route ?
La nouvelle feuille de route s’inscrit dans une vision progressive et structurée, articulée autour de deux phases complémentaires à l’horizon 2030.
Elle comprend, d’une part, une phase de déploiement à court terme, axée sur des chantiers prioritaires à fort impact et, d’autre part, une phase de consolidation à plus long terme, dédiée à des projets d’envergure dans les domaines de l’e-gouvernement, de l’économie numérique et des initiatives transversales, en cohérence avec la stratégie nationale “Maroc Digital 2030”.
Afin d’en garantir un pilotage efficace et une mise en œuvre opérationnelle optimale ces deux phases ont d’ores et déjà été engagées, traduisant ainsi l’esprit de progressivité et de complémentarité qui sous-tend la feuille de route.
La première phase concentre notamment les efforts de l’Agence autour de cinq chantiers prioritaires, conçus comme des leviers immédiats d’accélération de la digitalisation et de renforcement de la confiance numérique.
Le premier chantier concerne le développement de plateformes numériques sécurisées d’échange et de partage de données entre les administrations publiques.
Le deuxième chantier porte sur la mise en œuvre du Wallet numérique dans une logique de revisite, de fluidification et de simplification des parcours usagers.
Le troisième chantier prioritaire concerne le portail Idarati destiné à améliorer la lisibilité de l’offre de services publics numériques et la qualité des interactions du citoyen et de l’entreprise avec l’administration.
Le quatrième chantier est dédié au soutien structuré à l’écosystème des startups et de l’innovation numérique, notamment à travers la consolidation d’une Stratup Policy cohérente et structurée.
Enfin, le cinquième chantier porte sur l’organisation de la quatrième édition du salon “GITEX AFRICA Morocco”, véritable vitrine internationale du savoir-faire digital marocain et africain, levier de renforcement des partenariats internationaux et instrument clé de promotion du Royaume en tant que hub régional de l’innovation et des technologies numériques.
– Quelle place occupe l’usager dans les nouveaux services digitaux ?
Qu’il s’agisse du citoyen ou de l’entreprise, l’usager est au cœur de la nouvelle vision portée par l’ADD. La transformation digitale n’a de sens que si elle se traduit par une amélioration concrète, mesurable et continue de l’expérience usager et par une relation avec l’administration profondément revisitée.
Dans cette perspective, une attention particulière est accordée, en matière d’accompagnement des administrations et des entreprises et établissements publics (EEP), à l’expérience utilisateur, dès les phases de conception des services, à travers la contribution à la simplification des démarches, à la réduction du nombre d’interactions et des redondances, ainsi que la limitation des documents demandés.
Cette approche contribue également à renforcer la confiance dans les services publics digitaux, à réduire significativement les délais administratifs et à améliorer durablement la satisfaction des usagers.
– Quels programmes sont envisagés pour réduire la fracture numérique, notamment en zones rurales ?
La réduction de la fracture numérique constitue une priorité stratégique majeure, articulée autour de plusieurs chantiers à court terme. Il s’agit particulièrement de l’opérationnalisation de la résolution adoptée lors du dernier Conseil d’Administration, relative à la création d’antennes régionales de l’ADD, conformément aux dispositions de l’article I de la loi n°61.16 portant création de l’Agence.
Ces antennes ont vocation à rapprocher l’action de l’Agence des territoires, à accompagner les collectivités territoriales et les acteurs locaux, et à assurer un déploiement territorialisé et inclusif des programmes nationaux.
Elles permettront également de mieux identifier les besoins spécifiques des régions et de soutenir les initiatives locales à fort impact, dans le respect du principe de subsidiarité et en cohérence avec le chantier national de la régionalisation avancée.
Parallèlement, des programmes ciblés de formation et de sensibilisation seront progressivement déployés au profit de publics cibles de jeunes, d’entrepreneurs, de très petites, petites et moyennes entreprises, ainsi que de populations vulnérables.
Une attention particulière sera accordée aux zones rurales et périurbaines, afin d’assurer l’acculturation au digital, de renforcer les compétences numériques de base, de favoriser l’appropriation des outils digitaux et de faciliter l’accès aux services publics numériques, en impliquant l’ensemble des parties prenantes concernées.
– Quelles actions prioritaires pour promouvoir l’innovation et soutenir l’écosystème startup ?
La promotion de l’innovation et le soutien à l’écosystème startup constituent également l’un des axes structurants de la nouvelle feuille de route de l’ADD. Cet axe traduit la volonté de faire de l’innovation un levier durable de transformation digitale, de souveraineté technologique et de création de valeur au service de l’économie nationale.
Dans ce cadre, la feuille de route prévoit une contribution à la mise en œuvre d’une Startup Policy visant à instaurer un climat de confiance et d’échanges, à favoriser l’expérimentation et à faciliter l’intégration des startups dans les projets structurants de la transformation digitale.
La feuille de route met également l’accent sur la dynamisation écosystémique du numérique et des startups, à travers une approche sectorielle intégrée couvrant des domaines stratégiques tels que la fintech, l’agritech, la healthtech, l’edutech, la govtech et les technologies émergentes. Cette dynamique vise à stimuler la croissance, la compétitivité et la structuration de l’écosystème national, tout en favorisant un développement équilibré et collaboratif entre les différents sous-secteurs innovants.



