Art et Culture

Le cinéma africain explore son environnement local pour dialoguer avec le monde entier

Dpress

Le cinéma africain se présente aujourd’hui à travers des expériences diverses de cinéastes-auteurs qui dialoguent avec le monde à partir de leur espace personnel, intime et local, dépassant ainsi l’effort fondateur consenti par des pionniers ayant porté la cause de l’émancipation et de l’identité face au colonisateur, a estimé l’académique et le cinéaste malien, Manthia Diawara.

Dans une interview à la MAP, M. Diawara qui préside le jury de la compétition officielle des longs métrages du Festival international du film de Dakhla (6-12 juin), a souligné que le cinéma africain a pris son élan au cœur du processus des décolonisations.

Dans la foulée, les cinéastes se sont fédérés autour d’une idéologie panafricaine, incarnée notamment par des événements phares comme les Journées Cinématographiques de Carthage (JCC) et le Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO), tout en se rassemblant au sein de la Fédération Panafricaine des Cinéastes (FEPACI), a-t-il relevé.

« Actuellement, le cinéma africain a évolué en termes de vision et d’approche, à tel point qu’il n’est plus possible d’en parler au singulier », s’est-il félicité.

Il s’agit désormais de mosaïques de cinémas, dont les styles et les thématiques se diversifient. « Nous parlions de cinéma maghrébin, de cinéma d’Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, nous parlons d’expériences individuelles de cinéma d’auteur qui se multiplient au gré de leurs créateurs », a ajouté le chercheur.

M. Diawara qui enseigne également à l’Université de New York, où il a dirigé, auparavant, l’Institut des affaires africaines-américaines, a expliqué que le cinéaste africain intègre, certes, son appartenance globale au continent, au pays et à la ville, mais qu’il est devenu plus à l’écoute de l’espace intime à travers lequel il scrute le monde et exprime son appartenance à celui-ci avec son propre langage et ses propres récits.

« Sans complexe et sans reproduire de modèles narratifs préétablis, le cinéaste africain renoue avec sa mémoire personnelle et son espace singulier, à travers lesquels il s’adresse au monde entier sans perdre son essence, et c’est là tout l’enjeu », a-t-il noté.

La question générationnelle s’impose avec force dans la lecture de l’évolution du cinéma africain, a-t-il dit, rappelant, à cet égard, que les pionniers du 7é art sur le continent, à l’instar d’Ousmane Sembène, ont contribué à la consécration de l’indépendance culturelle et au sentiment de réappropriation de l’identité.

Ils ont ainsi imposé leur présence hégémonique dans la mémoire et la représentation collective de l’image de soi. Ce sont les pères fondateurs, mais depuis la fin des années 1980, la nouvelle génération a entamé un processus de dépassement de ces figures.

Le cinéaste malien se plaît à s’arrêter sur l’expérience du réalisateur sénégalais Djibril Diop Mambéty dans ce domaine. Il était naturel que le « conflit avec le père éclate, non pas pour plaire à l’Occident, mais pour tracer de nouvelles voies d’expression de nous-mêmes et de nos sociétés », a-t-il soutenu.

C’est ainsi qu’est apparue une génération de cinéastes proposant des films qui ne sont pas nécessairement culturels ou empreints d’une abstraction et d’une philosophie excessive.

Ces cinéastes devaient redéfinir leur relation avec des réalités spécifiques à l’Afrique, a-t-il fait remarquer, citant l’expérience du cinéma nigérian qui mise sur une large popularité auprès des masses.

M. Diawara a fait savoir que le cinéma n’est pas un luxe et qu’il doit occuper la place qui lui revient dans les politiques publiques, jugeant louable l’approche du Maroc en matière de soutien à la production cinématographique.

Manthia Diawara est né à Bamako en 1953. Il a effectué une partie de ses études en France avant de poursuivre ses études universitaires aux États-Unis, où il a obtenu son doctorat à l’Université de l’Indiana en 1985.

Sa carrière se distingue par sa capacité à faire du cinéma un espace de réflexion et d’expression. Il a appréhendé l’image comme un outil esthétique et cognitif permettant de comprendre les représentations de l’Afrique et d’interroger la place de l’identité africaine dans l’histoire et la culture.

À travers ce croisement entre théorie et pratique, il s’est imposé comme l’une des figures intellectuelles et cinématographiques majeures du cinéma africain, consacrant l’essentiel de son œuvre aux questions d’identité, de mémoire, de colonialisme, de diaspora et de culture africaine contemporaine.

Parmi ses œuvres les plus remarquables figurent « African Cinema: Politics and Culture », « In Search of Africa », « We Won’t Budge: An African Exile in the World » et « African Film: New Forms of Aesthetics and Politics « .

Il a également réalisé d’importants documentaires et films intellectuels tels que « Maison Tropicale », « An Opera Of The World » et « AI: African Intelligence ».

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