Dpress.ma/fr

Tanger : les imprimeurs se mettent à l’heure de la campagne électorale

Dpress

Alors que la campagne pour les élections législatives du 23 septembre bat son plein à Tanger, une activité plus discrète connaît une effervescence inhabituelle. Dans les imprimeries et ateliers de communication visuelle, les commandes se multiplient pour habiller la campagne et donner aux candidats une identité immédiatement reconnaissable dans la rue.

Affiches et tracts restent les grands classiques, mais la communication électorale ne s’arrête plus au papier dans ses différents formats. T-shirts, casquettes, gilets, écharpes, foulards, badges, banderoles ou encore habillages de véhicules viennent compléter un éventail de supports de plus en plus diversifié.

Chez les imprimeurs, le défi technique consiste à décliner le nom, le symbole électoral, le slogan ou l’identité visuelle du candidat sur le plus grand nombre de supports possibles et ce, dans un temps record, souvent moins de 48 heures avant le début de la campagne.

En la matière, le temps est notre principal adversaire, tient à préciser, dans une déclaration à la MAP, Abdelmalek Saoud, patron d’une imprimerie qui a pignon sur rue à Tanger.

Dans les rassemblements et les tournées de proximité, les t-shirts et les casquettes frappés aux couleurs d’une formation politique contribuent à rendre les militants et autres sympathisants immédiatement identifiables, dit-il, un brin fier de sa contribution en cette période politique cruciale.

Que signifie la période électorale pour un imprimeur ? Abdelmalek Saoud est catégorique : cette période est synonyme d’une activité intense en volume et en stress. En quelques jours, son atelier se transforme en ruche. Il faut réceptionner les fichiers, adapter les visuels aux différents formats, imprimer, découper, floquer, conditionner puis livrer. Le tout en un temps compressé au maximum.

Cette course contre la montre est imposée par la durée limitée de la campagne et par des commandes qui arrivent souvent tard. Juste après la fin de la période de dépôt et de confirmation des candidatures par les autorités compétentes, précise-t-il.

Dans la profession, cette effervescence profite à une chaîne de métiers plus large qu’il n’y paraît. Derrière une simple casquette électorale peuvent intervenir fournisseur textile, graphiste, imprimeur ou sérigraphe, tandis que la réalisation d’une banderole ou l’habillage d’un véhicule mobilisent d’autres savoir-faire. Transport et livraison complètent cette économie saisonnière qui s’active au rythme de la campagne.

Selon Abdelmalek Saoud, l’activité de certaines entreprises d’impression dans les régions peut connaître une progression particulièrement importante en période électorale. Selon ses propres calculs, elle équivaut au travail des cinq années qui séparent deux scrutins législatifs successifs. Un bond considérable.

Toutefois, il déplore que les grandes formations politiques centralisent la confection des supports électoraux, ce qui représente un manque à gagner significatif pour les imprimeurs dans les régions.

Au-delà de leur fabrication, les objets habillés dans ses ateliers remplissent une fonction particulière dans la stratégie des candidats. Porté par plusieurs militants, un même t-shirt transforme un groupe de partisans en peloton de communication mobile.

Cette production singulière et limitée dans le temps reste, toutefois, bien encadrée sur le plan réglementaire et éthique. La réglementation relative à la campagne fixe des règles concernant les supports et les contenus de propagande électorale, auxquelles les candidats comme les professionnels chargés de leur fabrication doivent prêter une attention particulière.

Abdelmalek Saoud explique que la législation interdit aux imprimeurs notamment d’utiliser, sur les supports électoraux, les couleurs nationales rouge et vert et les symboles religieux.

Au lendemain du scrutin, commence une autre histoire. Les machines retrouvent progressivement leur activité habituelle. Les affiches sont retirées, les commandes électorales s’interrompent et les ateliers tournent la page des élections.

Restent alors quelques t-shirts et casquettes dans les rues, derniers témoins d’une activité éphémère qui, le temps d’une campagne, aura fait de l’élection non seulement une compétition politique, mais aussi un puissant marché saisonnier pour les ateliers de design et d’impression.

Quitter la version mobile