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L’intelligence artificielle (IA) transforme en profondeur le monde du travail, remodelant l’organisation des activités, la création de valeur et la prise de décision à une vitesse et à une échelle sans précédent, a averti le directeur général de l’Organisation internationale du Travail (OIT), Gilbert F. Houngbo, à l’ouverture, lundi à Genève, de la 114e Conférence internationale du Travail.
Présentant son rapport “À l’heure des choix: mettre l’IA au service du travail décent”, il a insisté sur un message central: l’avenir du travail ne sera pas dicté par la technologie seule, mais par les politiques publiques, les institutions et le dialogue social qui encadreront son déploiement.
Selon l’OIT, l’IA devrait davantage transformer les emplois que les détruire massivement, en réorganisant les tâches et en modifiant la qualité du travail. Environ un quart des emplois dans le monde est exposé à l’IA générative, avec des effets différenciés selon les pays, les secteurs et les catégories de travailleurs.
Si l’IA peut stimuler la productivité et créer de nouvelles opportunités, elle peut aussi intensifier le travail, réduire l’autonomie et renforcer la surveillance algorithmique. Les inégalités constituent une préoccupation majeure: les écarts d’accès aux infrastructures numériques et aux compétences pourraient se creuser, touchant particulièrement les femmes, les jeunes et les travailleurs peu qualifiés.
“Les choix que nous ferons aujourd’hui détermineront si l’IA élargira les possibilités et une prospérité partagée ou aggravera les inégalités et l’insécurité”, a souligné le directeur général, appelant à investir dans les compétences, renforcer la protection du travail et la protection sociale, soutenir les micro, petites et moyennes entreprises et défendre les droits fondamentaux au travail.
L’OIT insiste également sur la nécessité d’une répartition équitable des gains de productivité liés à l’IA, à travers de meilleurs salaires, des protections renforcées et une croissance plus inclusive. Le dialogue social et la négociation collective sont présentés comme essentiels, aux côtés d’une gouvernance de l’IA fondée sur la transparence, la responsabilité et une approche centrée sur l’humain.
Le rapport propose un programme stratégique articulé autour de quatre piliers: les droits, l’emploi et les compétences, la protection sociale et le dialogue social. Il souligne aussi que les pays en développement ne doivent pas être laissés de côté et doivent pouvoir tirer parti de l’IA comme moteur de création d’emplois et de transformation économique.
“Il s’agit d’un choix social et politique sur l’avenir que nous voulons”, a relevé le directeur général de l’OIT, appelant à orienter l’IA et les politiques économiques vers un progrès inclusif et un travail décent pour tous.
Il a replacé ces enjeux dans un contexte international marqué par une forte incertitude. L’économie mondiale demeure fragile, tandis que la crise au Moyen-Orient fait peser des risques importants sur les travailleurs, les entreprises et les communautés.
Selon M. Houngbo, les effets de cette crise se diffusent au-delà de la région via la hausse des prix de l’énergie, les perturbations des chaînes d’approvisionnement, la baisse des investissements et les pressions sur les migrations et les transferts de fonds. Dans un scénario de choc pétrolier prolongé, l’OIT estime que le volume d’heures travaillées pourrait reculer à l’équivalent de 14 millions d’emplois à plein temps cette année et 38 millions l’an prochain, avec des pertes de revenus du travail pouvant atteindre 3 milliards de dollars.
Alors que les progrès en matière de qualité de l’emploi stagnent et que plus de 2,1 milliards de travailleurs restent dans l’économie informelle, une aggravation de la crise pourrait pousser davantage de travailleurs et d’entreprises vers l’informalité, augmentant les risques de travail des enfants et de travail forcé.
Face à ces défis, l’OIT appelle à des réponses coordonnées et durables, notamment le renforcement de la protection sociale, le soutien aux petites entreprises et la sauvegarde des emplois.
Organisée jusqu’au 12 juin sur trois sites à Genève, cette 114e session de la CIT réunit les représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs des 187 États membres de l’Organisation, dont le Maroc, avec au menu l’adoption de nouvelles normes destinées à répondre aux mutations que connaît le monde du travail, notamment celles liées au travail décent dans l’économie des plateformes après deux ans de discussions.
