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L’expérience singulière du poète et traducteur irakien Kadhim Jihad et la richesse de son parcours ont été mis en lumière lors d’une rencontre organisée, vendredi à Rabat, dans le cadre du 31e Salon international de l’édition et du livre (SIEL).
Cette rencontre, animée par l’universitaire et critique Abdelfattah Lahjomri, a permis de plonger dans le monde culturel et littéraire de ce poète, largement connu pour créer des ponts entre la langue arabe et les chefs-d’œuvre mondiaux.
S’exprimant à cette occasion, M. Lahjomri a souligné que l’accueil réservé à Kadhim Jihad constitue une célébration du chercheur natif de Nasiriyah (Sud de l’Irak), qui a fait de la littérature arabe un espace de dialogue et d’ouverture, et du poète, qui a fait de son exil “une forme de patrie”, affirmant que ce dernier est une personnalité culturelle complexe.
Le parcours de Kadhim Jihad, depuis la ville irakienne de Nasiriyah jusqu’à son installation à Paris, a été un long périple jonché d’épreuves, que ce soit sur le plan de la langue ou de l’expérience d’exil, donnant naissance à un projet culturel articulé autour des langues arabe et française, a-t-il poursuivi.
Rappelant la valeur inestimable des traductions de Kadhim Jihad et son approche des textes universels complexes, M. Lahjomri a estimé que ses réalisations dans le domaine de la traduction et sa profondeur poétique exigent une connaissance encyclopédique des sciences humaines et de l’histoire.
De son côté, Kadhim Jihad a indiqué que son passage de Nasiriyah à Paris a constitué une étape décisive dans la formation de sa conscience poétique et intellectuelle. Il a ainsi expliqué que le sentiment d’aliénation et de désorientation durant ses premières années l’avait poussé à rechercher la sérénité parmi les membres de la diaspora arabe, s’imprégnant de ce fait de la sensibilité de cette langue, l’ayant poussé à écrire en français, pour faire connaître les écrivains arabes, et en arabe, pour transmettre les chefs-d’oeuvre de la poésie européenne.
Ayant entamé dans sa jeunesse la traduction d’œuvres poétiques complexes telles que celles de Dante Alighieri, Arthur Rimbaud et Rainer Maria Rilke, le poète et traducteur a indiqué que ces projets ont nécessité une certaine “audace” et beaucoup de recherches.
Par ailleurs, il a jugé crucial de se baser sur l’histoire et la culture ainsi que sur la dimension conceptuelle des langues, en plus des dictionnaires, pour traduire les écrits, précisant que les mots ont une portée historique qui demande de la patience et une étude académique profonde pour en saisir pleinement la force au sein du texte.
Il s’est également arrêté sur sa relation étroite avec le défunt poète palestinien, Mahmoud Darwich et leur collaboration dans le magazine “Al-Karmel”, notant que ce magazine a été une fenêtre mondiale sur la culture arabe, une plateforme de promotion des nouvelles publications et un espace de dialogue avec de grands intellectuels et créateurs marocains.
Natif de Nasiriyah (Irak), Kadhim Jihad réside à Paris depuis 1976, où il s’est fait un nom dans le domaine de la critique littéraire, la traduction de poèmes et la philosophie. Il enseigne également la littérature arabe et la littérature comparée au sein de l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO).
