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Journalisme et IA : l’avenir de la formation au centre d’un colloque international à Rabat

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Les défis de la formation des journalistes à l’ère de l’Intelligence artificielle (IA) ont été au centre des débats, mercredi à Rabat, lors d’un colloque international réunissant chercheurs, institutionnels, responsables d’écoles de journalisme et professionnels des médias de plusieurs pays francophones.

Placée sous le thème “Enseigner le journalisme à l’ère de l’Intelligence artificielle”, cette rencontre, organisée par le Réseau Théophraste en partenaria avec à l’Institut supérieur de l’information et de la communication (ISIC), se penche sur les enjeux pédagogiques, professionnels et éthiques liés à l’intégration croissante de l’IA dans les métiers de l’information.

S’exprimant à cette occasion, le directeur de l’ISIC, Abdellatif Bensfia, a souligné que les établissements de formation en journalisme sont aujourd’hui appelés à être “constamment à l’écoute des attentes de la profession, des évolutions sociétales ainsi que des mutations technologiques”.

L’enseignement du journalisme connaît désormais des transformations rapides, imposant une révision continue des méthodes pédagogiques et des contenus de formation, a expliqué M. Bensfia, notant que l’IA ne doit pas être appréhendée uniquement comme un outil technique, mais également comme “une nouvelle manière de penser” la formation médiatique.

De son côté, le président du Réseau Théophraste et directeur du Centre d’études des sciences et techniques de l’nformation (CESTI) de Dakar, Mamadou Ndiaye, a relevé que l’essor de l’IA générative depuis 2022 a profondément modifié les pratiques au sein des établissements de formation en journalisme.

M. Ndiaye a, dans ce sens, indiqué que plusieurs écoles membres du réseau ont commencé à mettre en place des mécanismes encadrant l’usage de l’IA, estimant que ce colloque constitue une occasion de mieux appréhender les impacts de ces technologies sur les activités pédagogiques et d’alimenter la réflexion autour de futurs cadres d’utilisation adaptés aux formations journalistiques.

Pour sa part, le directeur du bureau de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) à Rabat, Charaf Ahmimed, a relevé que l’IA est considérée “une lame à double tranchant”, offrant à la fois de nouvelles possibilités technologiques et des risques accrus en matière de désinformation et de manipulation des contenus.

Dans une allocution lue en son nom par Ming-Kuok Lim, conseiller pour la communication et l’information au sein du bureau, le responsable onusien a insisté sur l’importance de renforcer la pensée critique, la maîtrise des outils numériques et l’éducation aux médias et à l’information à tous les niveaux d’enseignement, afin de préserver un journalisme éthique et au service du bien public.

La Directrice générale adjointe de l’Institut français du Maroc, Chloé Goupille a, quant à elle, mis en avant l’importance de préserver la pluralité linguistique et culturelle dans le développement des modèles d’IA, soulignant que le langage constitue un élément central dans la construction des systèmes d’IA générative.

Elle a rappelé, à cet égard, les différentes initiatives menées en partenariat avec l’ISIC dans le domaine des nouvelles pratiques journalistiques, notamment des programmes de formation, des mobilités étudiantes et des ateliers consacrés à l’IA appliquée aux médias.

D’autre part, le Directeur adjoint chargé des affaires pédagogiques et de la recherche à l’ISIC, Mohcine Benzakour, a mis en exergue l’aspect inédit de cette révolution technologique, caractérisée par sa vitesse et sa transversalité, affirmant que l’IA intervient à toutes les étapes de production de l’information, de la collecte à la mise en récit, en passant par la vérification et la relation avec le public.

Face à ce “carrefour historique”, M. Benzakour a plaidé pour une réinvention de la formation, rappelant que l’objectif des instituts d’enseignement dépasse la stricte transmission de compétences techniques pour englober la capacité des futurs journalistes à penser leur pratique, à s’adapter aux mutations et à préserver les “valeurs cardinales” du métier face aux défis éthiques imposés par l’IA.

Dans la même veine, l’expert marocain en communication et président du Réseau international Orbicom des chaires UNESCO en communication, Jamal Eddine Naji, a appelé à adopter une approche pédagogique fondée sur l’esprit critique et le dialogue, afin de préserver la dimension humaine de la formation journalistique face aux mutations technologiques.

Le programme du colloque, organisé les 6 et 7 mai, se décline autour de trois principaux axes portant sur la transformation des compétences professionnelles des journalistes et leur adaptation aux outils de l’intelligence artificielle, les nouvelles pratiques pédagogiques, ainsi que les défis humains, éthiques, déontologiques et juridiques liés à l’IA.

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