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Un long chemin à parcourir pour que la culture arabe prenne son envol à Paris

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La culture arabe se trouve confrontée à des défis majeurs pour se doter d’un espace cohérent et d’une véritable sphère de diffusion à Paris, ville considérée comme la capitale de l’influence mondiale, accueillant les productions culturelles du monde entier dans toutes les langues.

Plusieurs intellectuels et créateurs de renom, tels que le poète irakien Chawki Abdel Amir, l’écrivain et historien syrien Farouk Mardam-Bey, ainsi que l’écrivain marocain El Maâti Kabbal, sont visiblement bien placés pour mesurer l’ampleur de ces enjeux, au regard de leur longue résidence dans la capitale française et de leur engagement actif dans la promotion et la défense de la culture arabe sous ses multiples formes.

Les difficultés liées à la reconnaissance et à la diffusion de la création intellectuelle arabe, tant au Maghreb qu’au Machrek, ont été passées au crible, dimanche, lors d’un débat animé par l’écrivaine et journaliste Souad Azaitraoui, dans le cadre de la 31e édition du Salon international de l’édition et du livre de Rabat.

Cette problématique demeure d’autant plus aiguë que les nouvelles générations d’auteurs arabophones peinent à accéder au marché du livre et de la littérature en France, dans un contexte marqué par la montée de courants de droite radicale hostiles, de manière globale, à la culture arabe.

Toutefois, le pessimisme n’étant pas le propre de l’intellectuel, Chawki Abdel Amir, en sa qualité de directeur général de l’Institut du Monde arabe (IMA), insiste sur le rôle plus que jamais essentiel qui échoit à cette institution, appelée à servir de passerelle civilisationnelle et culturelle entre le monde arabe, la France et, au-delà, l’espace francophone.

À l’approche du quarantième anniversaire de la fondation de l’IMA, Abdel Amir reconnaît que la culture arabe bénéficiait, lors de la création de cette institution, d’une meilleure réception et d’une plus grande interaction dans le paysage culturel français.

Aujourd’hui, les équipes de l’IMA entendent redoubler d’efforts pour relever les défis actuels à travers des projets ambitieux visant à rapprocher la production intellectuelle et artistique arabe du lectorat français.

La situation n’est pas entièrement sombre, souligne le poète et diplomate irakien, évoquant les résultats de l’Institut en matière de fréquentation. Entre 2024 et fin 2025, l’IMA a accueilli près de 1,7 million de visiteurs, et certaines expositions initialement prévues pour deux mois ont été prolongées jusqu’à neuf mois, afin de répondre à une forte demande du public.

Cependant, une crise financière chronique pèse sur l’institution et interpelle les pays arabes quant à la nécessité d’une prise de conscience accrue de l’importance de son rôle.

Malgré cela, de grands projets restent en cours, notamment la recherche de financements privés pour la traduction de la création littéraire arabe, ainsi que la préparation d’une revue destinée à publier des anthologies traduites d’auteurs arabes.

Dans cette dynamique, les initiatives de l’IMA s’inscrivent dans un long processus engagé notamment par Farouk Mardam-Bey, qui a repris un projet initié par l’éditeur français Pierre Bernard (1940-1995), connu pour son intérêt marqué pour l’islam, le soufisme et la culture arabe.

Fondateur de la collection Sindbad, celui-ci a, dès 1972, contribué à la publication de traductions d’écrivains majeurs tels que Naguib Mahfouz, Tayeb Salih, Badr Chaker Assayab ou encore Adonis.

Cette collection, soutenue par le penseur français Jacques Berque, a comblé un vide considérable, rappelle Mardam-Bey, à une époque où le public français ne connaissait guère que “Le Livre des Jours” de Taha Hussein et “Journal d’un substitut de campagne” de Tawfiq al-Hakim.

Parmi les réussites de cette expérience éditoriale parisienne, Farouk Mardam-Bey cite notamment la large diffusion des traductions du poète palestinien Mahmoud Darwich, qui continuent de rencontrer un vif succès auprès des lecteurs francophones. De même, la vente de 300.000 exemplaires de “L’Immeuble Yacoubian” d’Alaa Al-Aswany constitue un cas exceptionnel.

Toutefois, le constat demeure que la publication d’œuvres arabes, et plus particulièrement maghrébines, continue de poser problème, estime El Maâti Kabbal, qui appelle à encourager les éditeurs français à publier davantage les œuvres d’auteurs et de chercheurs du Maghreb.

Il souligne à ce propos l’émergence d’une nouvelle génération postérieure aux figures pionnières telles qu’Ahmed Sefrioui, Mohamed Dib ou Kateb Yacine, laquelle mérite de trouver un véritable espace de dialogue avec l’imaginaire du lectorat français.

Kabbal n’hésite pas à affirmer que le marché culturel français valorise parfois des auteurs surmédiatisés au détriment d’autres, moins connus mais plus talentueux, soutenant que les textes traitant du terrorisme et de l’extrémisme suscitent un intérêt particulier, dans la mesure où ils confortent certaines représentations négatives dominantes de l’homme et de la société arabes en Occident.

Les intervenants s’accordent à reconnaître que les difficultés de diffusion de la culture arabe en France ne sauraient occulter la montée en puissance de la présence arabe, incarnée par des générations successives issues de l’immigration, porteuses de leurs identités et engagées dans l’expression de leurs voix, celles d’une mémoire arabe profondément enracinée.

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