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“Feuilles de subsistance” : méditations de Benyounes Amirouche à l’ère de la pandémie

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“Feuilles de subsistance : Sur l’art, le soi et le masque” est le titre d’un nouvel ouvrage que vient de publier Benyounes Amirouche, où il livre son expérience d’artiste sur la relation de l’homme à lui-même et au monde par temps de pandémie.

Le livre est une compilation de textes inspirés de la période du Covid-19, pandémie qui a imposé au “soi” un isolement forcé et où l’auteur, la liberté physique entravée, donne libre cours à ses médiations, à l’imagination et à l’esprit, au-delà des frontières du confinement, a expliqué Amirouche, lors de la présentation de son ouvrage jeudi soir à Rabat.

Dans une déclaration à la MAP, il a relevé que le livre dresse avec une touche littéraire des réflexions sur la liberté, la démocratie et la création, durant cette période unique qui a renversé de nombreuses certitudes et bouleversé tant de convictions.

On aura noté comment les projecteurs se sont détournés de l’élite des artistes, des sportifs et des créateurs, pour se braquer sur la communauté des scientifiques, celle dont le monde entier attendait de trouver un vaccin contre la pandémie.

Dans ce cheminement, l’auteur interroge des signes issus de la sémiotique et de la sociologie pour noter par exemple le retour soudain et forcé des jeunes vers le giron familial et l’émergence, chemin faisant, des valeurs d’entraide et de solidarité.

“Nous parlions de la mondialisation qui avait transformé le monde en un petit village. Avec la pandémie, le concept de frontières est revenu en force avec les décisions de fermeture des territoires”, explique le chercheur en esthétique.

Pour le journaliste et écrivain Abdelaziz Gogas, ce livre est le fruit d’un contexte charnière de l’histoire universelle, marqué par la peur, la blessure et la mort, au cours duquel s’est intensifiée la remise en question des valeurs et du “soi” — si longtemps confiant dans la puissance de la science, de la technique et l’illusion de dompter la nature.

“C’est une écriture de crise, tendue, qui incarne la capacité de la littérature à transcender le traumatisme”, a-t-il soutenu, notant que l’ouvrage appartient à un genre hybride, où la méditation se mêle aux techniques de l’article de presse et de la lecture esthétique.

Il a poursuivi qu’il s’agit-là d’un choix dicté par la nature de la pandémie qui a brisé les frontières entre les mécanismes de compréhension et la vision du monde et de l’existence, d’autant plus que le livre est rédigé, sans planification préalable, dans une langue dense et austère, sans emphase discursive.

Outre les textes méditatifs, l’auteur consacre une partie à l’oraison de la scène culturelle, endeuillée par la perte de plusieurs de ses grands artisans aux niveaux national, arabe et international.

On y rencontre des portraits de grandes figures disparues durant la pandémie, comme l’artiste peintre Mohamed Melehi, l’homme de théâtre Hassan Menii, le cinéaste Noureddine Saïl, ainsi que le sculpteur et architecte américano-bulgare Christo, le sculpteur égyptien Adam Henein et d’autres.

C’est un livre subjectif qui puise dans le “temps de la fragilité” la quête de la reconstruction du soi au sein d’une crise existentielle globale qui a remodelé la relation au monde, estime la critique Houria El Khamlichi.

Selon elle, Amirouche allie témoignage et analyse grâce à sa double posture d’artiste et de critique esthétique et observe comment la solitude a ouvert un vaste champ pour interroger la liberté et le déterminisme.

Dans sa présentation de l’ouvrage, le chercheur Abderrahmane Benzidane a indiqué que l’auteur a livré une analyse minutieuse de la réalité artistique en temps de pandémie, éclairant avec lucidité la manière avec laquelle des circonstances exceptionnelles traversées par l’humanité ont influencé la création artistique.

Benyounes Amirouche, né à Oujda en 1960, est professeur d’histoire de l’art moderne à l’ÉNS de Meknès et auteur de plusieurs ouvrages sur les arts et l’esthétique. Ancien président de l’Association marocaine de la critique d’art, il compte à son actif de nombreuses expositions et de participations à des rencontres sur les arts plastiques.

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