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Dans les contrées luxuriantes de la commune d’Oum El Bakht, l’agriculteur Bari Kallouch, accompagné d’une poignée de cultivateurs de la région, contemple avec une immense fierté ses champs. Les branches ploient et frôlent le sol, tant elles sont chargées d’olives charnues. Ils récoltent aujourd’hui les fruits d’une saison exceptionnelle, après que se sont tus les échos des coups de bâton qui s’abattaient jadis impitoyablement sur l’arbre, cédant la place à la quiétude de la science et à la rigueur de l’exécution.
Pendant des décennies, les saisons de récolte et de labour n’étaient que le prolongement de pratiques traditionnelles qui épuisaient l’arbre et piégeaient l’agriculteur dans le phénomène de l’”alternance”. “Nous étions habitués au gaulage et à la fertilisation aléatoire, croyant naïvement entretenir l’arbre alors que nous lui infligions de graves dommages”, raconte Bari Kallouch. Cependant, la boussole du travail a radicalement changé depuis l’intégration des agriculteurs aux plateformes du programme “Al Moutmir”, relevant du Groupe OCP.
Du cœur de ces champs, transformés en laboratoires vivants, a germé une profonde mutation. La relation avec la terre n’est plus une affaire de hasard, mais est devenue une science exacte reposant sur un diagnostic minutieux du sol. Sur la base de ces analyses, les ingénieurs agronomes prescrivent désormais des “itinéraires techniques” précis, accompagnés d’un encadrement continu incluant une irrigation régulière et une taille rationnelle. Les “Écoles aux champs” ont ainsi métamorphosé ces agriculteurs en véritables gestionnaires d’entreprises agricoles.
Parce que le langage des chiffres est le plus éloquent, le programme a adopté la philosophie du “voir pour y croire”. Selon le coordinateur régional d’”Al Moutmir”, M. Ayman Achmark, la plateforme de démonstration d’Oum El Bakht a réalisé un rendement fulgurant de 14 tonnes à l’hectare, dépassant de loin les 8 tonnes péniblement atteintes par la parcelle “témoin” adjacente. Un succès qui s’étend à l’ensemble de la province, dont les plateformes ont enregistré une augmentation globale du rendement oscillant entre 30 et 40 %.
Néanmoins, le voyage de la qualité ne s’achève et ne porte ses fruits économiques qu’avec la rigueur du traitement au moulin. Dans l’une des unités modernes de Fquih Ben Salah, l’expert et gérant Ahmed Ennahi souligne que l’enjeu concurrentiel s’étend désormais à l’excellence absolue. “Le secret réside dans la rapidité de la trituration ; il faut éviter le stockage prolongé des fruits dans des sacs en plastique pour prévenir la fermentation”, explique-t-il, insistant également sur l’importance cruciale du lavage et de l’effeuillage avant le broyage.
Cette harmonie précise entre la qualité de la production agricole et la modernité de l’extraction industrielle a engendré une relance économique régionale sans précédent. Les données de l’Office Régional de Mise en Valeur Agricole de Tadla (ORMVAT) prévoient un essor spectaculaire : la production globale devrait bondir à environ 97 700 tonnes, marquant une hausse record de 221 %. Une envolée qui redynamise l’emploi local, générant près de 2,5 millions de journées de travail, dont 20 % profitent aux femmes rurales.
Si la rudesse du stress hydrique impose des défis majeurs, cette “révolution silencieuse” reflète une transformation historique des structures mentales. Dotés de solutions digitales innovantes qui transforment leurs téléphones en conseillers agricoles, les cultivateurs sont désormais convaincus que l’agriculture durable est l’unique planche de salut. L’olivier continue ainsi de prouver qu’il est capable de récompenser celui qui le cultive, à condition de s’adresser à ses racines dans la langue de la science et du savoir.
