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Mounia Loulidi, née pour briser les lignes

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Dans le vrombissement d’un moteur ou le silence d’une séance de thérapie, Mounia Loulidi poursuit le même objectif : repousser les limites. Celles de la piste comme celles de l’âme humaine.

Née à Casablanca, dans une famille où la rigueur était érigée en valeur cardinale – père commissaire de police, mère cadre bancaire –, elle grandit entre discipline et exigence. Adolescente, elle rêve de médecine. “Je voulais apporter mon aide à l’humanité”, confie-t-elle. Mais le choix paternel l’oriente vers l’expertise comptable.

Elle part en France, suit un cursus en finance, puis rentre au Maroc pour embrasser une longue carrière dans la gestion financière, l’audit et les ressources humaines. Directrice financière, elle évolue dans un univers structuré, stratégique, mais exigeant.

Le sport automobile surgit presque par hasard en 2009, à 39 ans. Invitée par d’anciens collègues à découvrir un championnat de karting, elle accepte, par curiosité. Résultat : une deuxième place dès sa première course. Le déclic est immédiat. “J’adore la vitesse, j’adore les sports extrêmes”, lance-t-elle au micro de la MAP.

Mounia Loulidi intègre d’abord un club à Casablanca et officie comme commissaire de piste en WTCC, mais l’appel du volant se fait vite ressentir. “Ce n’était pas suffisant pour moi. J’avais besoin de me retrouver derrière un volant, pas spectatrice”, raconte-t-elle.

Elle contacte alors les promoteurs de la Legend Car, une discipline inspirée des bolides américains des années 30-40, motorisés par des blocs Yamaha 1300 cm³. Le lendemain, sur un circuit à Salé, elle prend le départ d’une course officielle, équipée d’une combinaison et d’un casque prêtés. “On m’a installée dans la voiture, on m’a montré comment elle fonctionnait… et j’ai démarré.”

Depuis 2010, elle est l’unique femme pilote marocaine en Legend Car. Sur les circuits nationaux, elle cumule plus d’une vingtaine de participations, décroche de nombreux podiums et termine à trois reprises troisième du championnat national, derrière deux pilotes masculins. Elle s’impose première au classement dames de 2010 à 2014.

À l’international, Mounia Loulidi représente le Maroc en Espagne, en Russie et aux États-Unis, remportant des podiums. En décembre 2012, à Las Vegas, elle réalise un exploit : première position mondiale féminine, sixième au classement mixte et victoire à la Coupe du monde par équipes avec le team marocain, en étant l’unique femme du circuit.

“Je voulais lever le drapeau marocain dans cette discipline à l’échelle internationale”, souligne-t-elle. Mission accomplie.

Dans un sport largement dominé par les hommes, Mounia Loulidi n’a jamais revendiqué une place : elle l’a prise. “Je n’ai pas eu peur”, affirme-t-elle. “Le moment où je me suis sentie appartenir à cette famille, c’est quand j’ai vu le respect dans les yeux des autres pilotes.”

La piste lui enseigne la discipline, la rigueur et surtout la prise de décision sous pression. Négocier une trajectoire en quelques fractions de seconde forge des réflexes que peu d’écoles enseignent. “Quand on est en pleine course, tout se joue en quelques secondes. Il faut pouvoir rapidement prendre une décision.” Une compétence qu’elle transpose ensuite dans le leadership et l’accompagnement.

Car en parallèle, la pilote entame une mue professionnelle. Pour concilier compétitions internationales et responsabilités, elle quitte le salariat et fonde son cabinet de conseil. Elle accompagne entreprises et fonds d’investissement en gestion stratégique. Puis, fidèle à son aspiration première d’aider l’autre, Loulidi se forme au coaching professionnel, devient coach de dirigeants et membre du bureau d’ICF Maroc. Elle développe un programme inédit contre l’amaxophobie, la peur de conduire, mêlant accompagnement psychologique et immersion sur route.

En 2019, elle organise un rallye sans compétition à travers le Maroc, réunissant une trentaine de femmes ayant une phobie du volant sur 1.680 kilomètres, entre prévention routière, bien-être et actions sociales. La vitesse, ici, devient vecteur d’émancipation.

La maladie de ses parents en 2020 marque un tournant. Elle met sa carrière auto en suspens pour les accompagner. Cette épreuve l’ancre davantage dans l’humain. “À un certain moment de sa vie, on a besoin de se repositionner”, dit-elle. Elle se forme aux thérapies brèves, puis à la naturopathie. Aujourd’hui, outre son travail de consultante, Loulidi exerce comme coach, thérapeute et naturopathe, aidant ses clients à dépasser phobies, traumatismes et blocages.

De la finance aux circuits internationaux, de Las Vegas à la thérapie, Mounia Loulidi trace une trajectoire singulière. Une trajectoire de femme qui, loin des stéréotypes, a fait de la vitesse un outil de transformation et du leadership une affaire de courage. Le 8 mars, son parcours rappelle que les frontières ne sont souvent que des lignes de départ.

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